UNE BIEN JOLIE CRAVATE…
Le titre, certes est trompeur. Il ne s’agit pas de la plus belle cravate, celle de l’Amicale du « 8 » mais de celle qui orne la hampe de notre drapeau.
Longtemps sa cravate s’est ornée d’une croix de guerre des théatres d’opérations extérieures (TOE) portant quatre palmes sur son ruban. Ces palmes témoignaient des citations à l’ordre de l’armée gagnées par le sang de nos grands anciens d’Indochine, une par année de présence, de 1951 à 1954.
En Algérie, le régiment n’a pas gagné de citations sur une quelconque croix de guerre puisque depuis 1848, ce territoire était divisé en trois départements français, Constantine, Alger et Oran. On ne pouvait donc pas considérer que c’était une guerre, on y faisait des opérations de maintien de l’ordre. On parlait pourtant d’état de guerre. Les citations étaient remplacées à titre collectif par les lettres de félicitations décernées par les généraux commandants de secteurs. Le « 8 » en a reçu 11, témoignages d’un remarquable bilan.
A titre individuel, pas de croix de guerre non plus. On créa donc en 1956 la croix de la valeur militaire pour la remplacer. Au retour d’Algérie, le « 8 » se retrouve en garnison à Nancy puis à Castres pour y vivre pendant 17 années un rythme de temps de paix.
Il faut attendre 1978 pour qu’il soit enfin engagé à l’extérieur au niveau régiment. Il part, sous mandat ONU (FINUL) relever le 3e RPIMa au Liban. Son valeureux comportement va lui va lui valoir au retour une citation à l’ordre de l’Armée mais sans croix de guerre, car l’ONU ne faisait pas la guerre au Liban.
Le 12 avril 1979 le ministre de la défense signe, au profit du 8e RPIMa la décision n°28 attribuant une citation à l’ordre de l’Armée.
Il n’y avait donc qu’un texte comme preuve visuelle. Le « 8 » avait cinq citations mais seulement quatre palmes apparentes.
On aurait pu en rester là mais en 2011, il est décidé d’attribuer des citations collectives aux régiments ayant combattu en Afghanistan. Le 8e para de marine en fait partie. Ce n’est toujours pas une guerre juridiquement parlant, il n’y a donc pas de croix de guerre en support. Toutefois, la croix de la valeur militaire est choisie pour remplir ce rôle. Le « 8 » recevra donc deux citations à l’ordre de l’armée avec une croix de la valeur militaire portant deux palmes. Le 8e RPIMa en rajoute ainsi deux au drapeau portant le nombre à six.
Et le Liban alors, avec sa citation avec palme virtuelle ?
C’est enfin résolu par son ajout sur la croix de la valeur militaire. On en est donc à sept palmes en 2013. C’est d’ailleurs à l’arrivée de la seconde citation d’Afghanistan que le port de la fourragère rouge et blanche est autorisé cette année-là.
Mais la marche de l’histoire ne s’arrête pas pour autant. En 2017, la croix de la valeur molitaire du drapeau reçoit une étoile de bronze pour l’opération Barkhane et tout récemment, le général Vincent GUIONIE porte à huit le nombre de palmes sur la croix de la valeur militaire du drapeau pour l’opération Sangaris en République Centrafricaine (RCA) du 17 juillet 2013 au 26 février 2014. Cette récompense qui s’annonce 7 ans après cette mission éprouvante n’est que justice. Jamais les hommes du « 8 » en Afrique n’ont connu un tel chaos tout en déplorant la perte de deux paras de la première compagnie.
Le 8e de marine présente donc huit palmes et une étoile au drapeau sur une bien jolie cravate !
Major (h) Jacques ANTOINE