Actualités de la Défense

Coup d'État militaire sur Madagascar.

Madagascar : l’armée se mutine, le président Rajoelina a quitté Antananarivo

Par Anne Kappès-Grangé et Emre Sari (envoyé spécial à Madagascar)

Publié le 11 octobre 2025

Il était à peine plus de 17 h, ce samedi 11 octobre, lorsque des militaires du Corps d’administration des personnes et des services de l’armée de terre (CAPSAT) ont pénétré dans Antananarivo. Des tirs ont été échangés, mais il semble que les mutins aient rencontré peu de résistance, selon l’envoyé spécial de Jeune Afrique. Ils ont pris position sur la très symbolique place du 13-Mai, au coeur de la capitale, célébrés par une foule en liesse. Depuis les années 1970, c’est là que se font et défont les régimes malgaches. Une foule en liesse l’a investie dans le courant de la journée,

Selon nos sources, le président Andry Rajoelina, acculé par plusieurs semaines de manifestations, a pour sa part quitté la ville.

Une foule nombreuse s’était réunie quelques heures plus tôt devant le camp militaire du CAPSAT, à Soanierana, près d’Antananarivo. En début de matinée, dans un message publié sur Facebook, ce contingent de l’armée avait appelé les forces de l’ordre à « prendre leurs responsabilités » et à « refuser les ordres de tirer ».

« On est devenus des lèche-bottes »

« Nous, militaires, ne jouons plus notre rôle, s’indignait le CAPSAT. On est devenus des lèche-bottes. On a préféré s’assujettir et exécuter des ordres bien qu’ils soient illégaux au lieu de protéger la population. C’est ce qui s’est passé dans la nuit du 25 septembre et dans la journée du 26 septembre. Et les exactions continuent sur le terrain : coups et blessures [à l’encontre de] jeunes étudiants qui ne réclament que leurs droits. » Une référence explicite aux manifestations lancées à l’appel du collectif Madagascar Gen Z, qui ont démarré fin septembre et ont été violemment réprimées par les forces de l’ordre (22 morts selon l’ONU).

Certains militaires ont rapidement répondu à l’appel du CAPSAT, ainsi qu’a pu le constater Jeune Afrique. De son côté, le ministère des Forces armées a immédiatement exhorté à l’unité face aux mutins. À la mi-journée, plusieurs sources faisaient alors état d’une possible attaque du camp du CAPSAT par un régiment de la gendarmerie demeuré fidèle au président Rajoelina. « On est au courant, on est prêts, on les attend », lançait alors, bravache, un militaire rencontré par Jeune Afrique aux abords du camp.

Initialement, les manifestants réclamaient un meilleur accès à l’eau et à l’électricité, et dénonçaient l’état du système de santé et le niveau de corruption à Madagascar. Mais face à la répression, et convaincus qu’ils n’étaient pas entendus, ils ont commencé à réclamer la démission d’Andry Rajoelina, 51 ans, lui-même porté au pouvoir par la rue en 2009, puis élu en 2019 et réélu en 2023.

Tout en dénonçant une tentative de « coup d’État » à son encontre, le chef de l’État avait dit, ces derniers jours, entendre les frustrations de la jeunesse malgache et avait démis tous les membres de son gouvernement, remplaçant le Premier ministre Christian Ntsay par le général Ruphin Fortunat Dimbisoa Zafisambo, le 6 octobre. Cela n’a toutefois pas suffi à calmer la colère et, le 9 octobre, des milliers de manifestants étaient de nouveau descendus dans la rue.

Ce vendredi, le haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Volker Türk, avait appelé les autorités malgaches à « cesser le recours à une force inutile » alors que de nombreux blessés étaient de nouveau signalés.

Un renfort de poids pour les régiments d’infanterie blindée

Prise de masse en cours pour les régiments de l’armée de Terre dotés du VBCI. Une variante davantage protégée du blindé conçu par KNDS France leur est progressivement allouée, conformément à la volonté du chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Pierre Schill, d’adapter le format pour mieux faire face aux menaces actuelles.

Le 35e régiment est en pointe de l’effort. Premier régiment doté du VBCI et premier à l’engager en opération extérieure, il aura aussi été le premier à percevoir ce VBCI dit « 32T ». Un exemplaire initial est arrivé fin juillet en provenance de l’antenne de Gien, armée par la 12e base de soutien du matériel (12e BSMAT) et chargée de la remise en état des véhicules après le retour de mission. Douze autres sont attendus en 2025 et 2026 pour compléter les deux compagnies sur VBCI 29T déjà présentes dans le parc régimentaire par une troisième sur VBCI 32T, en l’occurrence la 1ère compagnie de combat.

Qualifié en 2014, le VBCI 32T a ensuite été déployé en Afghanistan, au Liban et dans la bande sahélo-saharienne. L’armée de Terre en détient aujourd’hui 98 exemplaires. Mais que cachent ces trois tonnes supplémentaires par rapport à la version d’origine ? Essentiellement un meilleur blindage et une meilleure protection contre les mines et engins explosifs improvisés. Il dispose pour cela d’un surblindage, avec un système de maillage anti-roquettes et de deux caissons anti-mines supplémentaires, l’un à l’avant pour protéger le moteur et l’autre à l’arrière au profit de l’équipage.

Derrière un boîtier de direction renforcé, le VBCI 32T bénéficie aussi d’un système de variation de pression de gonflage sur chaque roue. Un VPG qui, en permettant au pilote « de paramétrer la pression des pneus selon le terrain, sans s’exposer, et en cas de crevaison lente, afin de rester plus longtemps en condition de combat », devenait un atout dans les environnements sablonneux du Sahel. Cette prise de poids aura nécessité au passage l’ajout d’une troisième barre stabilisatrice. Tous les régiments sur VBCI devraient voir arriver cette version au cours des deux prochaines années, un mouvement qui découle par ailleurs de la fermeture des parcs d’entraînement « Champagne » et « Provence » constitués à Mourmelon et à Canjuers (et encore un grand bond de 20 ans en arrière, cette fois dans le bon sens, pour rendre leurs matériels aux régiments).

Ce VBCI 32T n’est pas arrivé à Belfort par hasard. Il est l’une des réponses apportées au retour de l’hypothèse d’un engagement majeur et aux enjeux capacitaires qu’elle sous-tend pour s’assurer d’être « prêt dès ce soir », nous rappelle l’armée de Terre. Cette réorganisation a plusieurs avantages, précise l’armée de Terre. Elle garantit non seulement de maintenir les compétences des équipages et maintenanciers sur les deux versions du VBCI, mais aussi de gagner en réactivité de par une connaissance plus précise de l’état du parc en cas de départ immédiat. Elle améliore également la logistique, car permet aux régiments d’infanterie et du train « de renforcer les capacités d’acheminement pour les grands exercices (acheminement par voie routière et surtout par voie ferroviaire) pour continuer à renforcer la réactivité des unités », apprend-on.

Cette densification est un pan parmi d’autres d’une dynamique globale aspirant à « muscler » une 7e brigade blindée désormais « bonne de guerre », donc « capable de s’engager immédiatement ». Avec un premier test grandeur nature à la clef à l’occasion de l’exercice Dacian Fall 2025, (les Daces étaient un peuple de l’antiquité, vivant dans ce qui est aujourd’hui le territoire de la Roumanie et la Moldavie) qui verra plus de 2000 Centaures (soldats de la 7E BB) se déployer en Roumanie le mois prochain. Chaque régiment voit ainsi ses moyens évoluer, notamment au travers d’une expérimentation visant à combler certains « trous dans la raquette » en mobilisant des technologies disponibles sur étagère et acquises en quantités restreintes.

La réflexion ne se limite pas à des fantassins appelés à suivre la voie tracée par le 35e RI. L’artillerie bénéficie ainsi « d’évolutions avec une modernisation du parc [de canons] CAESAR, des Griffon et la livraison prochaine des [Griffon] MEPAC » (Mortier Embarqué Pour l’ Appui au Contact), ces derniers étant fléchés vers le 68e régiment d’artillerie d’Afrique. Le génie s’est lui aussi transformé sur Griffon, tandis que les transmetteurs de la 7e compagnie de commandement et de transmissions (7e CCTS) passent à leur tour sous blindage, avec l’affectation de plusieurs VBCI PC (ou VPC). L’un d’entre eux a été modifié en véhicule de détachement de liaison et d’interconnexion (VDLI) pour assurer l’interopérabilité avec les armées de l’OTAN.

Reste le sujet central de la généralisation des drones d’observation et d’attaque, une démarche conduite tambour battant et soutenue par la création d’un centre d’entraînement tactique drone au sein de la 7e BB. Ici aussi, les Gaillards du 35e RI sont à l’avant-garde. Ce sont en effet eux qui ont été retenus pour expérimenter la munition téléopérée courte portée (MTO CP) Damoclès conçue par KNDS France et Delair et livrée aux forces depuis cet été.

"PROTEUS" arrive en régiment

Six systèmes PROTEUS au Standard 1 sont arrivés il y a peu au 35e régiment d’artillerie parachutiste (35e RAP) de Tarbes. Une première mouture d’une solution de lutte anti-drones (LAD) intermédiaire basée sur les affûts de 20 mm de l’armée de Terre, en attendant l’arrivée dès 2026 d’une version améliorée par l’ajout d’une couche d’intelligence artificielle.

Une seconde vie opérationnelle démarre pour ces canons antiaériens livrés début septembre aux artilleurs parachutistes. Concrétisée en un temps record, cette refonte doit en effet répondre à un besoin aussi limpide qu’urgent : « il s’agit de chercher à réduire la vulnérabilité des unités de combat à moindre coût en donnant un moyen de protection généraliste susceptible d’assurer la défense à très basse altitude », nous explique le lieutenant-colonel Jean-Xavier, officier de programme DSA et LAD au sein de la STAT.

L’idée retenue pour renforcer un maillage anti-drones lacunaire ? La réutilisation et l’amélioration de systèmes d’armes vieillissants mais disponibles en quantité, une logique déjà adoptée pour concevoir et livrer au plus vite 18 VAB ARLAD. Lancé sous l’impulsion de la Task Force LAD, le standard 1 du PROTEUS combine ainsi un canon de 20 mm et une caméra thermique SANDRA – héritée du système sol-air très courte portée MISTRAL- le tout intégré provisoirement sur un châssis de TRM 2000. Ses principaux bénéficiaires ? Des unités redevenues des cibles de choix, tels que des postes de commandement, des plots logistiques, des unités de transmission, du génie ou d’artillerie, énumère le LCL Jean-Xavier.

Le PROTEUS Std 1 est déjà en train d’évoluer pour gagner en mobilité et en précision. Exit le TRM 2000 en fin de vie, celui-ci sera remplacé par un porteur V3P (Véhicule Porteur Polyvalent Pamela ) développé par Scania pour les forces spéciales. Le futur PROTEUS Std 2 disposera d’un logiciel de conduite de tir « maison » ainsi qu’une couche d’intelligence artificielle conçue avec l’appui de l’Agence ministérielle pour l’IA de défense (AMIAD). Cette brique permettra de détecter et reconnaître un drone, de déterminer les distances de tir, de suivre la cible et de réaliser un tir sur un but prédictif pour, in fine, améliorer les performances d’un canon somme toute rustique.

Servi par quatre personnels, chaque PROTEUS pourra engager plusieurs types de menaces, du micro-drone à 500 m à l’hélicoptère à 1500 m, en passant par des cibles terrestres jusqu’à 2000 m. Des performances que la STAT aura l’occasion de confirmer lors d’une campagne réalisée « dans les semaines qui viennent ». Idem pour le 35e RAP, qui devrait effectuer des tirs « de prise en main » le mois prochain dans le sud-ouest.

Photo en PJ : Le V3P, châssis également retenu pour emporter le système PAMELA (Plateforme d’Adaptation MISTRAL Équipée, Légère et Aérotransportable) et des futurs radars 3D Girafe 1X, taillés pour la lutte anti-drones

L’armée de Terre progresse en parallèle dans sa volonté de passage à l’échelle du PROTEUS Std 2. Un appel d’offres devrait aboutir d’ici peu pour la production de 50 exemplaires livrés en 2026, l’industriel retenu étant au passage autorisé à proposer quelques améliorations structurelles à la marge. Les affûts de 20 mm sont pour l’instant remis en état dans la perspective d’une intégration sur châssis V3P. Les six systèmes fournis au 35e RAP sont quant à eux appelés à être rétrofités en fin de cycle.

L’autre intérêt de ce « recyclage », ce sont des stocks de munitions de 20 mm disponibles en quantités importantes. « La munition explosive de 20 mm est détenue en grande quantité par l’armée de Terre », note le LCL Jean-Xavier. Mais, si cette munition « est tout à fait adaptée pour traiter ce type de menaces », la STAT envisage le développement d’un nouvel obus permettant « d’assurer une meilleure dispersion de la charge, afin de maximiser la densité de ferraille en l’air ». La démarche reste exploratoire et s’oriente davantage vers une munition de type « cartouche de chasse à chevrotines » qu’airburst.

D’autres pistes sont à l’étude dans les rangs de la STAT. Le raisonnement qui a débouché sur l’ARLAD et le PROTEUS ainsi être étendue au VAB T20-13 (VAB avec tourelle centrale embarquant un canon de 20 mm). S’il repose sur un canon identique, sa visée manuelle limite la réactivité du tireur face à de petits drones manœuvrant. L’électrification du système est donc à l’étude, de même que l’ajout de la brique d’IA développée pour PROTEUS, pour optimiser la précision. En cas de succès, la manœuvre pourrait aboutir sur la mise à disposition d’une cinquantaine de VAB supplémentaires pour épaissir la LAD terrestre.

Et l’armée de Terre suit de près les évolutions proposées par la filière industrielle à partir de systèmes de nouvelle génération. L’adaptation des tourelleaux téléopérés Hornet fournis par Arquus dans le cadre du programme SCORPION n’est pas passée inaperçue. « Nous avons des tourelleaux téléopérés sur tous nos véhicules », rappelait hier le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Pierre Schill, lors d’une conférence de presse organisée à la STAT. Intégrer le radar proposé par Arquus ou une IA comme celle du PROTEUS sur Griffon et Serval reviendrait à disposer « immédiatement, non pas de centaines, mais presque de milliers de systèmes de lutte anti-drones ». Les voies à explorer immédiatement ne manquent donc pas, en attendant 2028 et l’arrivée d’un Serval LAD, né de la combinaison d’un canon de 30 mm et d’un radar ad-hoc.

Le général d’armée aérienne Fabien Mandon succède à Thierry Burkhard à la tête des armées françaises.

Les armées françaises ont un nouveau chef. Ce mercredi 23 juillet 2025, le ministre des Armées Sébastien Lecornu a annoncé la nomination du général d’armée aérienne Fabien Mandon au poste de chef d’état-major des armées (CEMA). L’aviateur remplace le général Thierry Burkhard. « Reconnaissance et remerciements au général d’armée Thierry Burkhard, qui a servi la France au plus haut niveau durant quatre années comme Chef d’état-major des Armées », a écrit le ministre sur X.

Si le changement de CEMA après 4 ans en fonction n’a rien d’inhabituel, la nomination d’un aviateur n’était plus arrivée depuis le général Jean-Philippe Douin, en 1995. Sous la Vème République, seuls quatre aviateurs ont occupé le poste contre treize généraux de l’armée de Terre et seulement deux marins.

Pilote de Mirage-2000

Né le 19 octobre 1969 à Montmorency (Val-d’Oise), Fabien Mandon intègre l’École de l’air en 1990 et devient pilote de chasse en 1994. Il débute sa carrière à l’escadron 3 / 13 Alsace, volant sur Mirage F1CT, avant de prendre le commandement d’une escadrille. En 2005, il rejoint l’escadron 2/3 Champagne, équipé de Mirage 2000 D, puis commande cette unité.

Au total, il a effectué 144 missions de guerre, principalement en Afrique, au Tchad et en République démocratique du Congo. Il prendra ensuite la tête de la base aérienne d’Avord entre 2012 et 2014, avant d’intégrer l’état-major des armées comme chef de la division Cohérence capacitaire.

Son expérience au sommet de l’état débute en 2020, lorsqu’il est nommé chef du cabinet militaire de la ministre des Armées. Trois ans plus tard, il devient chef d’état-major particulier d’Emmanuel Macron, un poste stratégique au cœur de la présidence, où il conseille directement le chef de l’État sur les opérations militaires et la dissuasion nucléaire.

Élevé au rang de général d’armée aérienne en mai 2023, Fabien Mandon succède aujourd’hui à Thierry Burkhard, qui avait piloté la réorientation stratégique des forces françaises après la fin des opérations au Sahel et dans le contexte de la guerre en Ukraine. Aviateur chevronné, il prend ses fonctions dans un contexte international tendu.

Le général Fabien Mandon a été désigné, ce mercredi 23 juillet, nouveau numéro un de l’outil militaire français. L’occasion de présenter les missions liées à cette fonction.

Clap de fin pour le général Thierry Burkhard. Après quatre années à la tête de l’état-major des armées (CEMA), le  « terrien » rend son uniforme de plus haut responsable militaire. À partir du 1er septembre, c’est donc le général Fabien Mandon, aviateur et ancien pilote de chasse, qui va endosser les cinq étoiles de « CEMA ». Au sein de l’institution militaire, il s’agit tout simplement de la fonction la plus prestigieuse, mais aussi de l’une des plus délicates, alors que le contexte géostratégique est particulièrement tendu.

Mais alors, quel est son rôle exact ? « C’est l’homme qui met en musique ce que décide le président de la République », répond Christophe Gomart, ancien directeur du renseignement militaire. Ce rôle de chef d’orchestre le conduit à diriger l’état-major opérationnel suprême français. « Le rôle majeur du chef d’état-major des armées, c’est de conduire les opérations », détaille au JDD l’amiral Bernard Rogel, ancien chef d’état-major de la Marine.    « Il s’assure que les armées sont prêtes, bien équipées, formées et capables d’intervenir », ajoute Christophe Gomart.

Si chacune des trois armées dispose de son propre chef (cemat, cemaa, cemm), chacun d’eux est davantage tourné vers l’organisation et la préparation de ses forces. « Ce sont des chefs “organiques”, comme on dit, même si ce n’est pas totalement vrai pour le chef de la Marine et celui de l’armée de l’Air et de l’Espace, car ils ont aussi des missions permanentes. Mais dans la bande, c’est le CEMA qui est l’opérationnel », analyse encore Christophe Gomart, aujourd’hui eurodéputé LR. La fonction du général Fabien Mandon devrait l’amener à échanger quotidiennement avec les chefs de l’armée de Terre, de l’armée de l’Air et de la Marine.

Par ailleurs, le CEMA n’agit pas uniquement sur le temps court. Il joue également un rôle stratégique dans la préparation de l’avenir, sous la direction du ministre des Armées, en lien avec toute la chaîne de planification. « Il s’appuie sur un certain nombre d’officiers qui travaillent à préparer les lois de programmation militaire et à anticiper les capacités nécessaires pour l’avenir. Cela concerne aussi bien les équipements que les ressources humaines, avec un objectif clair : disposer des  des meilleurs hommes et femmes possibles, grâce à un recrutement de qualité, une formation solide et une fidélisation efficace », détaille Bernard Rogel. Il ajoute : « Le CEMA a la responsabilité de proposer au président de la République, avec la complicité du ministre des Armées, le meilleur outil de défense possible. »

Quelle relation entre le président de la République et le chef d’état-major ?

En lien permanent avec le président de la République, un CEMA peut-il lui dire non ? Le général Fabien Mandon connaît bien Emmanuel Macron, puisqu’il a été son chef d’état-major particulier de 2023 à aujourd’hui. Un rôle qu’a également occupé Bernard Rogel, de 2016 à 2019 : « Quand on est chef d’état-major particulier (du président), on n’est pas toujours d’accord avec le président de la République. Il faut savoir lui dire quand c’est nécessaire. »

De manière générale, la proximité avec le chef de l’État et avec le ministre des Armées, donne à la fonction de CEMA une dimension politico-militaire. « Il n’y a pas d’orientation politique du CEMA, mais il doit évoluer dans un milieu qui l’est », tempère Christophe Gomart.

Ce canon automatique français abat des drones en rafale : c’est la nouvelle arme mobile qui protègera les bases militaires ou les forces déployées.

La France met en service un système de défense sol-air ultramobile, le RAPIDFire Land, pensé pour intercepter les drones, munitions rodeuses et missiles de courte portée. Compact, modulaire et surpuissant, il comble un vide stratégique dans l’arsenal français et s’attaque à un fléau du champ de bataille moderne.

Vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=7CwFRNBI_6c

En marge du Salon du Bourget 2025, la France a présenté un équipement décisif dans sa stratégie de réarmement : un canon antiaérien mobile baptisé RAPIDFire Land. Conçu pour intercepter les menaces à basse altitude, telles que les drones kamikazes, les projectiles de précision ou les mini-missiles, ce système comble un vide critique entre les lance-missiles d’auto-défense portables (type stinger), et les batteries lourdes. Adapté à la guerre en Ukraine comme aux conflits du Sahel, il pourrait à terme être exporté.

Face à l’émergence massive de drones low-cost, le besoin d’une défense de proximité réactive s’est imposé. Le RAPIDFire Land apporte une capacité intermédiaire entre les missiles portables et les systèmes à longue portée. Il est spécialement conçu pour neutraliser des cibles jusqu’’à 4 000 m dans les airs.

Une architecture modulaire déclinable

Le système se présente sous deux formats : une version mobile sur camion tactique 6×6 ou 8×8, et une version semi-mobile dans un conteneur ISO de 20 pieds. Ce design offre une grande souplesse logistique et permet de protéger aussi bien une base aérienne que des convois en déplacement.

Une puissance de feu inédite dans sa catégorie

Au cœur du système, le canon CTA de 40 mm tire jusqu’à 200 coups par minute, grâce à un carrousel sans maillons contenant jusqu’à 140 munitions. Il peut utiliser des obus explosifs, perforants ou des munitions à détonation programmée comme le fameux A3B à effet airburst, idéal contre les micro-drones.

Une autonomie presque totale

Le RAPIDFire Land peut être utilisé sans opérateur direct, grâce à une boule optronique avec caméra thermique, capteur jour/nuit, télémètre laser et suivi automatique. Il peut aussi être intégré dans un réseau C2, ou fonctionner en autonomie complète sur théâtre d’opération.

Une stratégie de tir en mouvement

Contrairement aux systèmes fixes, le RAPIDFire Land peut tirer en déplacement, protégeant des unités en mouvement. Sa conception sans cabine extérieure pour l’équipage réduit les risques tout en améliorant la furtivité et la protection balistique.

Une intégration rapide dans les forces

Le ministère des Armées a validé une première commande de 48 unités via la DGA. Elles seront déployées en priorité sur les bases sensibles et au sein de brigades en alerte. Les premiers retours d’expérimentation indiquent une efficacité redoutable contre les menaces de type FPV.

Une ambition export assumée

Le système suscite un intérêt croissant à l’international, notamment grâce à sa version navale déjà présentée au Moyen-Orient. Sa compatibilité terre/mer attire les pays disposant d’unités expéditionnaires. L’objectif est de créer un standard OTAN exportable.

Calendrier de déploiement prévisionnel

Étape

Date estimée

Commande officielle

Janvier 2025

Présérie livrée

Décembre 2025

Déploiement unités initiales

Mars 2026

Formation opérateurs complète

Été 2026

Export premiers contrats

Dès fin 2026

 

Source :

L’armée française de demain : spécialisation ou conscription ?
par MARTIN ANNE

Alors que les conflits récents rappellent l’importance des stratégies classiques de terrain, l’armée française entame une mutation profonde pour répondre aux défis de la guerre moderne. Entre la numérisation des systèmes, la montée en puissance des spécialistes et la nécessité de s’intégrer dans des alliances multinationales, les forces terrestres réinventent leur organisation tout en restant attachées à des tactiques éprouvées. Ce paradoxe reflète une constante : si les technologies évoluent, la nature de la guerre, elle, demeure.

L’armée française a hésité longtemps entre un modèle reposant sur la conscription, et un autre bâti sur la professionnalisation. Lorsque de Gaulle publia Vers l’armée de métier (1934), l’état-major et les politiques ont encore en tête la défaite de 1870, quand l’armée était professionnelle, et la victoire de 1918, où la demande d’immenses réserves d’hommes avait imposé la conscription. De l’apparition de la bombe nucléaire naquit la création d’une de force d’action rapide professionnelle au sein de l’armée de conscription jusqu’à la fin de la guerre froide. C’est avec Jacques Chirac et l’abolition du service militaire que la professionnalisation est devenue le modèle de l’armée française. Devant les besoins techniques de la guerre moderne, la multiplication des réservistes ne pourra pas changer ce modèle.

Une armée de terre en transformation

La modification profonde de l’organisation de l’armée de terre, qui bascule du modèle « au contact » à « l’armée de terre de combat », vise à répondre aux transformations induites par la multiplication des outils numériques. Cette réforme repose sur trois grands axes : une logique d’employabilité des unités, une décentralisation du commandement et une présence accrue de spécialistes au sein des forces terrestres. L’objectif est de répondre aux défis posés par la numérisation, qui exige des profils plus techniques.

La numérisation a refondu les systèmes informatiques et de communication des unités de combat. Désormais, chaque unité est équipée de serveurs informatiques intégrés à leur système de communication radio. Ces systèmes permettent d’obtenir des informations telles que la position GPS, la quantité de munitions tirées et de transmettre des ordres numériques. Le concept de combat collaboratif, développé par Thales, renforcera encore ces capacités en automatisant la transmission de données tactiques grâce à l’intelligence artificielle. Les opérateurs chargés de gérer ces systèmes devront posséder des compétences avancées en informatique pour paramétrer et exploiter ces technologies complexes.

Le renseignement tactique a également gagné en importance. Autrefois concentrés dans deux régiments spécialisés, les moyens de renseignement en images (drones) et en électronique (interception d’émissions électromagnétiques) étaient déployés sur les théâtres d’opérations pour appuyer les groupements tactiques. Désormais, les régiments d’infanterie intégreront des capacités de guerre électronique, tandis que l’utilisation de drones sera généralisée à l’ensemble des armes. Les régiments spécialisés subsistent néanmoins, pour répondre aux besoins en renseignement opératif et stratégique. Cette évolution, réalisée à effectif constant, entraîne une substitution progressive des combattants d’infanterie traditionnels par des spécialistes du renseignement. La mise en œuvre de ces équipements complexes nécessitera également des soldats mieux formés techniquement.

Cependant, l’augmentation des outils de renseignement et de communication entraîne une multiplication des réseaux, et donc des failles potentielles en matière de sécurité. Si le chiffrement des communications est une pratique ancienne, illustrée par des exemples tels que la machine Enigma ou les Windtalkers navajos, les réseaux numériques modernes exigent des solutions de protection toujours plus avancées. La cyberguerre est devenue un enjeu clé, impliquant des actions visant à couper les réseaux de communication ennemis et à accéder à leurs données sensibles. Pour y faire face, l’armée de terre a créé un bataillon cyber, regroupant des unités spécialisées. Cette évolution s’inscrit dans un contexte où les effectifs globaux restent constants, ce qui accroît mécaniquement la proportion de spécialistes dans les rangs.

À écouter également : Podcast : Ecole de Guerre – Terre. Préparation des armées aux opérations extérieures

Ainsi, le nombre de spécialistes augmentera fortement dans l’armée de terre pour relever ces défis technologiques. Intuitivement, on pourrait en conclure que les clés de la victoire résident désormais dans des opérations ciblées, comme la prise de contrôle des réseaux informatiques ennemis, plutôt que dans la conquête traditionnelle de territoires. Pourtant, les conflits récents en Ukraine et au Proche-Orient démontrent que la conquête physique reste un élément central des affrontements.

 Des fondamentaux qui demeurent

Dans le conflit ukrainien, le contrôle du terrain demeure un objectif politique central. Vladimir Poutine, en 2014, déclarait que « la Crimée et Sébastopol sont rentrés au port », affirmant ainsi ses visées territoriales. Reflétant l’assertion de Clausewitz selon laquelle « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens », la conquête du terrain constitue l’objectif militaire principal de ce conflit. Celle-ci s’appuie sur le déploiement de troupes au sol, suivant des tactiques classiques.

Par exemple, l’offensive ukrainienne vers Koursk a été menée par des brigades mécanisées dont l’organisation reste comparable à celle de la Deuxième Guerre mondiale. Les chars de bataille y jouent toujours un rôle central, en perçant le front ennemi pour permettre à l’infanterie de progresser. Les appuis en génie et artillerie conservent leur fonction traditionnelle : préparer le terrain en vue de sa prise. Ainsi, un général ukrainien pourrait aujourd’hui, à l’instar du maréchal de Lattre de Tassigny, déclarer au sujet de l’une de ses brigades mécanisées : « C’était mon élément de décision. » La rupture du front, obtenue par une concentration de moyens blindés dans une zone favorable, reste une méthode privilégiée pour remporter la victoire.

Dans cette organisation conventionnelle, les technologies dites « de rupture » sont intégrées au sein des brigades, mais leur utilisation demeure confiée à des unités spécialisées. Ces technologies participent au nouveau combat interarmes sans pour autant remplacer les équipements traditionnels. Par exemple, le drone ne remplace pas le char, comme le char avait autrefois remplacé le cheval. La guerre moderne ne peut donc être menée exclusivement derrière un écran : elle reste un affrontement terrestre, où la quantité d’hommes engagés demeure un facteur clé pour obtenir l’avantage. Une armée négligeant ce rapport de force risquerait rapidement d’être surpassée. En Europe, les armées prises individuellement ne disposent pas des effectifs suffisants pour répondre à ces exigences, à l’exception notable de l’armée américaine, qui combine haute technologie et armée de masse.

La réserve : une alternative à l’armée permanente

Les guerres au Proche-Orient et en Ukraine, bien que différentes — asymétrique pour l’une, symétrique pour l’autre —, ont toutes deux nécessité la mobilisation de réservistes. Tsahal, l’Ukraine et la Russie peuvent compter sur des centaines de milliers de réservistes ayant récemment effectué leur service militaire. Ces derniers possèdent les qualifications nécessaires pour utiliser du matériel moderne, permettant d’augmenter rapidement et efficacement les effectifs des armées régulières.

En comparaison, les forces opérationnelles terrestres françaises comptent 77 000 soldats, et l’armée de terre 120 000, avec 25 000 réservistes. Ces chiffres soulignent les limites du modèle d’une armée réduite. Pour y remédier, la nouvelle loi de programmation militaire (LPM) prévoit une augmentation significative de la réserve opérationnelle, visant le recrutement d’un réserviste pour deux soldats d’active. L’objectif est d’atteindre 100 000 réservistes d’ici 2030.

Cependant, ce modèle présente des faiblesses. Les réservistes français, formés comme généralistes, ne reçoivent pas de formation spécialisée. Par exemple, un réserviste d’un régiment de cavalerie peut remplacer un collègue d’un régiment de transmissions, mais aucun des deux n’atteint le niveau de compétence de son homologue d’active. Contrairement à Tsahal, où les réservistes peuvent être mobilisés pour opérer des chars Merkava, les réservistes français ne sont pas qualifiés pour utiliser les Leclerc. Ce déficit de spécialisation, combiné à la complexité croissante des équipements, allongerait le délai de mobilisation des unités de réserve en cas de conflit.

La doctrine actuelle exclut l’emploi des réservistes dans des missions de combat face à une armée moderne. Leur rôle se limiterait à des missions sur le territoire national, tandis que l’active serait déployée en opération. Ainsi, en cas de guerre, l’armée conventionnelle française ne pourrait compter que sur ses effectifs permanents.

À lire également : Histoire de l’armée de l’Air française

Face à ces défis, la France mise sur son intégration dans des alliances multinationales, seule solution pour compenser le manque d’effectifs. Dans son modèle actuel et futur, l’armée française doit accepter sa dépendance envers ses alliés pour garantir une capacité d’intervention suffisante en cas de conflit.

 Une armée numérisée aux tactiques traditionnelles

L’armée française reste attachée à son modèle « d’armée complète », qui vise à maintenir un éventail complet de capacités militaires. Ce modèle est adapté aux effectifs qui lui sont alloués, mais il permettrait également de transmettre, conserver et développer ses savoir-faire si une augmentation rapide des effectifs devenait nécessaire. En revanche, un manque d’adaptation risquerait de conduire à ce que l’on appelle le syndrome de la « guerre de retard », où une armée nombreuse et expérimentée, mais utilisant des technologies et des méthodes dépassées, se verrait surpassée par une force plus jeune et agile, équipée des dernières avancées technologiques.

Bien que les nouvelles technologies aient modifié certains aspects de la micro-tactique et contribué à dissiper le « brouillard de la guerre » en offrant une meilleure visibilité des situations, elles n’ont pas transformé la nature même du conflit. Le champ de bataille en 2024 reste marqué par la présence de chenilles de chars, de tranchées et de troupes massées aux frontières. Ainsi, malgré l’introduction massive de composants électroniques dans les équipements militaires, les éléments fondamentaux de la guerre demeurent inchangés.

Retour de la DOT ?

« Agression du sanctuaire national » : l’avertissement du patron des gendarmes

Georges Michel – 28 janvier 2025

Une lettre qui fait du bruit ! Le général d’armée Hubert Bonneau, directeur général de la gendarmerie nationale, à l’occasion des vœux du Nouvel An, a adressé à ses grands subordonnés une lettre (révélée par Le Monde) dans laquelle il ne se contente pas de souhaiter une bonne année et une bonne santé aux 130.000 « pandores » d’active et de réserve. « Depuis l’invasion russe en Ukraine, la possibilité d’un conflit armé et d’une agression du sanctuaire national doit être sérieusement envisagée », écrit en effet celui qui a pris ses fonctions le 31 octobre dernier.

Est-ce à dire que la guerre est à nos portes ? Personne n’en sait rien, mais…

À ce sujet, la semaine dernière, Hubert Védrine, lors d’une conférence aux stagiaires de l’École de guerre, dont le thème était « 2025 : l’année de tous les périls ? », déclarait : « Je pense un peu différemment de la moyenne, je ne pense pas que la Russie se lance dans une attaque insensée contre autre chose que l’Ukraine. » Et l’ancien ministre des Affaires étrangères d’expliquer : « Si Poutine avait voulu attaquer d’autres pays, il l’aurait fait, il y a deux ou trois ans, quand l’OTAN était désarmée, incomplète, les pays baltes pas assez armés, etc., et les opinions croyaient que c’était impensable. Il aurait fallu tenter le coup de surprise à ce moment-là… » Appréciation personnelle d’un ancien responsable se tenant très au fait des affaires de ce monde mais qui a eu, d’ailleurs, l’honnêteté intellectuelle d’ajouter immédiatement : « Mais je ne peux pas le prouver… Mais je ne peux pas le démontrer. C’est pourquoi je suis totalement favorable à la reconstitution de l’équilibre des forces, l’équilibre de la dissuasion… » Les militaires ne font pas de spéculations mais sont payés pour envisager toutes les hypothèses, notamment les plus « dimensionnantes », comme on dit aujourd’hui, et s’y préparer.

Les gendarmes : d’abord des militaires

Et les gendarmes – on l’oublie parfois, peut-être depuis que la gendarmerie a été rattachée au ministère de l’Intérieur sous Sarkozy – sont d’abord des militaires. C’est sans doute ce que leur nouveau patron a voulu leur rappeler, moins de trois mois après sa prise de fonction. Un message clair de la part d’un chef marqué par son passé opérationnel : escadron parachutiste d’intervention de la gendarmerie nationale, commandement du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale que l’on connaît mieux sous son acronyme GIGN. Les gendarmes ne sont pas des policiers en képi (de même que les policiers ne sont pas des gendarmes en casquette) : ainsi, le statut des militaires grave dans le marbre de la loi l’éventualité du « sacrifice suprême » ainsi que le service « en tout temps et en tout lieu ». Un devoir statutaire extraordinaire qu’aucun autre corps de l’État ne connaît.

Le rôle des gendarmes dans la défense opérationnelle du territoire

Mais au-delà de l’aspect moral de ce rappel que l’on peut deviner en filigrane dans cette lettre, il y a les aspects opérationnels fondamentaux. Si la France doit se préparer à l’hypothèse d’une guerre (meilleur moyen de l’éviter, selon le principe de la dissuasion !), les armées sont concernées au premier chef. Mais la gendarmerie aussi, dont le rôle, en cas de guerre, ne se limite pas à aller chercher les déserteurs au fond des campagnes ! Or, qui dit conflit majeur dit risque d’« agression du sanctuaire national », comme l’écrit le général Bonneau, et, donc, nécessité d’organiser ce qu’on appelle la « défense opérationnelle du territoire » (DOT). Une notion qui avait été quelque peu oubliée depuis – faisons court – la chute du mur de Berlin. La DOT, concrètement ? Comme l’explique le Code de la défense, il s’agit, « en présence d’une menace extérieure reconnue par le Conseil de défense et de sécurité nationale ou d’une agression, d’assurer au sol la couverture générale du territoire national et de s’opposer aux actions ennemies à l’intérieur de ce territoire ». Le Code de la défense évoque même, en cas d’invasion, la conduite d’« opérations de résistance militaire qui, avec les autres formes de lutte, marquent la volonté nationale de refuser la loi de l’ennemi et de l’éliminer ».

Cette DOT revient donc sur le devant de la scène, compte tenu du contexte géopolitique. Preuve en est, le rapport d’information des députés Patricia Mirallès et Jean-Louis Thiériot, publié en février 2022. « Dans la perspective d’un conflit de haute intensité, la défense opérationnelle du territoire (DOT) doit être remise au goût du jour », soulignaient les rédacteurs. Un général de gendarmerie, auditionné par les parlementaires, avait d’ailleurs expliqué qu’il fallait « développer l’interopérabilité entre l’armée de terre et la gendarmerie pour que chacun sache ce que fait l’autre ». Ce même général déclarait, quelques mois plus tard : « En cas de déclenchement de la défense opérationnelle du territoire, nous serons mobilisés aux côtés des armées sur le territoire national où on jouera tout notre rôle et rien que notre rôle. » Or, couvrant 97 % de notre territoire et 95 % des communes, la gendarmerie a pour ADN historique l’ancrage territorial. Il est donc évident qu’en cas d’agression de notre sanctuaire national, la gendarmerie nationale aurait un rôle essentiel. C’est ce qu’a voulu rappeler le directeur de la gendarmerie à ses troupes.

L’un des objectifs de l’armée de Terre est d’avoir une brigade « bonne de guerre.

L’an passé, dans le cadre de son nouveau plan stratégique, intitulé « armée de Terre de combat », l’armée de Terre s’est concentrée sur la réorganisation de ses grands commandements, désormais au nombre de quatre, avec le commandement de la force opérationnelle terrestre [CFOT], la Direction des ressources humaines de l’armée de Terre [DRHAT], la Direction centrale de la Structure intégrée du maintien en condition opérationnelle des matériels terrestres [DCSIMMT] et le Commandement du combat futur [CCF].

En outre, elle a créé quatre nouveaux commandements dits « Alpha » [CAPR, CALT, CAST, CATNC] lesquels sont chargés de « mettre en synergie et de préparer les forces placées sous leurs ordres ».

Désormais, il est question de décliner ce plan stratégique au niveau des brigades. Pour rappel, ce dernier fait du principe de subsidiarité une « ligne directrice forte de la transformation de l’armée de Terre », l’idée étant de passer de la « culture de la norme à celle de l’intention, de la responsabilité et du résultat ».

En clair, il s’agit de donner plus d’autonomie aux « brigadiers » [c’est-à-dire les généraux commandant ces brigades] dans plusieurs domaines définis [gestion du personnel, soutien, infrastructures, etc.], dans la limite des « directives et du cadre fixé par les contrats opérationnels ». Ce qui suppose qu’ils aient la main sur les moyens financiers nécessaires.

Dans la dernière Lettre du CEMAT, qui vient d’être diffusée, l’armée de Terre indique ainsi que 2025 sera « l’année des brigades ». Concrètement, celles-ci auront plus de latitude dans quatre domaines.

Ainsi, détaille le document, la « subsidiarité » sera « renforcée en matière RH [ressources humaines], dans l’attribution de primes individuelles [prime de lien en service, prime du combattant terrestre, prime de commandement et de responsabilité militaire] et l’adaptation de la dotation ‘habillement’ des soldats au moyen d’une enveloppe financière ». En outre, le « plan de subsidiarité budgétaire permettant de marquer les efforts vers les unités » sera reconduit, que ce soit pour l’entretien des infrastructures, la condition du personnel, la préparation opérationnelle ou encore la communication.

Ainsi, précise la Lettre du CEMAT, la « mise en place d’enveloppes de ressources liées à l’activité et à l’entraînement permettront au brigadier de définir la meilleure ambition opérationnelle » en fonction des moyens qui lui auront été alloués.

Par ailleurs, l’objectif de l’armée de Terre est de confier, là où c’est possible, les « prérogatives du soutien local », qui relèvent de Bases de défense, à ses commandants de brigades.

« Ce double casquettage doit fournir les leviers favorables à la coordination des effets des soutiens, sans remise en cause des prérogatives des chaînes de soutien. Cette évolution s’accompagne d’un regroupement des Bases de défense pour atteindre une taille critique d’environ 10 000 personnes » [soutenues], explique-t-elle.

Enfin, les brigades interarmes verront leurs « capacités de soutien propre accrues » avec la montée en puissance des « compagnies de commandement de transmission et de soutien » [CCTS].

Quoi qu’il en soit, ces mesures doivent permettre d’atteindre l’un des objectifs de l’armée de Terre pour 2025 : celui de disposer d’une brigade « bonne de guerre ». C’est le « premier jalon opérationnel de la remontée en puissance vers une composante terrestre réactive, puissante et endurante », souligne la Lettre du CEMAT.

Et d’ajouter : « Véritable échelon de cohérence, la brigade doit concilier l’exigence d’une réactivité accrue et la nécessaire amélioration du fonctionnement au quotidien de l’armée de Terre en opération permanente ».

L’armée de Terre se dote d’un « Commandement de l’Appui et de la Logistique de Théâtre »
PAR LAURENT LAGNEAU · 3 JUILLET 2024

Selon son nouveau plan stratégique, élaboré en 2023, l’armée de Terre entend se doter de quatre commandements « Alpha », qui, placés sous l’autorité du Commandement des forces terrestres [CFOT], sont censés représenter les « artères vitales qui irriguent la stratégie militaire » et assurer une « cohésion sans faille au sein des forces armées ».

Ainsi, depuis le début de cette année, le Commandement des Actions Spéciales Terre [CAST], le Commandement des Actions dans la Profondeur et du Renseignement [CAPR] et le Commandement de l’Appui Terrestre Numérique et Cyber [CATNC] ont vu le jour. Il ne manquait plus que le quatrième, à savoir le Commandement de l’Appui et de la Logistique de Théâtre [CALT]. Or, celui-ci a officiellement été créé le 1er juillet, à l’occasion d’une prise d’armes organisée à Lille.

Comme le dit l’adage militaire, « les amateurs s’intéressent à la stratégie, les professionnels parlent de logistique ». D’où l’importance de ce nouveau commandement, d’autant plus que l’exercice interarmées de préparation à la haute intensité Orion a mis en lumière quelques insuffisances dans ce domaine.

« Nous avons été alertés sur le fait que dans le domaine terrestre, la profondeur logistique, à travers notamment la question du dimensionnement et de la modernisation de la flotte de camions tactiques, constitue également un point d’attention important », ont ainsi récemment relevé les ex-députés Benoît Bordat et Michaël Taverne, dans un rapport sur le retour d’expérience [RETEX] de l’exercice Orion.

En outre, le Maintien en condition opérationnelle des matériels terrestres [MCO-T] doit également faire face à des défis majeurs, faute, pour le moment, de pouvoir s’appuyer sur une « épaisseur logistique » suffisante.

« Il n’est pas d’armée qui combatte bien sans une logistique calibrée à son besoin », a d’ailleurs souligné le général Pierre Schill, le chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], via LinkedIn. Aussi, le CALT « a la mission de la préparer à cette tâche essentielle ».

Pour cela, ce quatrième commandement « Alpha » s’appuiera sur trois brigades, à savoir la B.LOG [logistique, qui réunit les unités du train et le Régiment médical], la BMAI [maintenance, qui regroupe notamment les six régiments du matériel] et la BGEN [génie]. Selon les explications données par le général Schill, en opérations, « sa responsabilité s’étendra sur la zone arrière de la division dans des domaines aussi variés que le mouvement-ravitaillement, le maintien en condition opérationnelle du matériel terrestre, le soutien santé, le soutien du combattant, le soutien au stationnement de la force, etc. »

« La modernité de l’armée de Terre impose de disposer d’une logistique robuste, renforcée et performante. Or, depuis une trentaine d’années, celle-ci a longtemps été construite selon une logique de corps expéditionnaires ramassés aux moyens logistiques et de soutien parfois comptés et dispersés », a fait valoir le CEMAT. Aussi, la transformation qu’il a initiée « appelle à un rééquilibrage profond en faveur de nos armes de soutien ». Pour lui, cette évolution est « indispensable » pour pouvoir déployer durablement sur un théâtre extérieur un corps d’armée d’ici 2030.

CREATION. Le CAPR : un commandement dédié à l’action dans la profondeur et au renseignement.

Nouvel organisme de l’armée de Terre créé en 2024, le Commandement des Actions dans la Profondeur et du Renseignement (CAPR) est l’un des trois « commandements Alpha ». De niveau divisionnaire, le CAPR est organisé autour d’un état-major, du centre de renseignement Terre (CRT) et de trois brigades : la 4e brigade d’aérocombat (4e BAC), la 19e brigade d’artillerie (19e B.ART) et la brigade de renseignement et de cyber électronique (BRCE).

Il contribue à renforcer la puissance de combat de l’armée de Terre, focalisant son action sur le compartiment spécifique de l’espace de bataille qu’est la profondeur tactico-opérative (30-500km).

Pour ce faire, le CAPR doit :

  • Organiser et animer le cycle permanent du renseignement dès le temps de compétition au profit de l’armée de Terre pour préparer le temps de l’engagement (orienter, contribuer à la recherche, capitaliser) ;
  • Organiser et conduire la préparation opérationnelle des acteurs de la profondeur au sein d’exercices de niveau corps d’armée ou division (appelés DIODORE) permettant l’entraînement des chaînes métier (artillerie, renseignement), l’accélération de la désignation et du traitement de objectifs (synergies capteurs-effecteurs) et l’entraînement des unités interarmes combattant dans cette zone (4eBAC, 11e BP, unités alliées, organisation de circonstance) dans un contexte de haute intensité ;
  • Contribuer aux réflexions capacitaires (emploi des unités tactiques, équipements spécifiques de court terme, procédures) facilitant l’action et l’obtention d’effets tactiques pour façonner l’adversaire des divisions et brigades ;  
  • Mettre à disposition des divisions et du corps d’armée ses capacités spécifiques (postes de commandements et unités) pour leur propre entraînement (Ex Warfighter ou Loyal Leda) et les opérations.

Grand Duc 2024 : exercice majeur du CAPR du 15 au 29 mars 2024.

Dans un contexte de haute intensité, GD24 fait évoluer le groupement de recherche multicapteurs (GRM) du corps d’armée sur le quart Nord-Est de la France, en terrain libre et dans les camps de Champagne, face à une force adverse manœuvrante et en coordination avec les autres unités agissant dans la profondeur (aérocombat, artillerie).

Anticipant sur le regroupement des capacités de ses trois brigades à l’été 2024, le CAPR préfigure au travers de cet exercice les axes principaux d’efforts des exercices DIODORE qu’il organisera dès 2025 :

  • entrainer les centres de renseignement à agir à distance au profit des unités tactiques (reachback) ;
  • entraîner les unités tactiques (renseignement, artillerie, aérocombat) à accéder à la profondeur du CA et à y agir en discrétion dans la durée ;
  • entraîner les unités tactiques à désigner des objectifs/cibles et à conduire les feux sur ces derniers en réduisant les délais de la boucle RENS-FEUX.

Il s’agit de représenter avec réalisme les élongations et le combat face à un adversaire à parité qui peut nous dénier l’accès à certains compartiments du champ de bataille, grâce à sa défense sol-air, ses aéronefs, ses drones, ses feux d’artillerie.

Une préparation opérationnelle du CAPR lors de Grand Duc 2024

Le CAPR a l’ambition d’être le cœur de la préparation opérationnelle interarmes communes des unités agissant dans cette zone du champ de bataille, afin de développer leur intégration tactique et d’augmenter la réactivité et l’efficacité de l’action coordonnée au-delà de la zone des contacts.

Dans ce sens l’exercice Grand Duc 2024 démontre et développe les capacités des unités du CAPR à manœuvrer dans la profondeur de la division et du corps d’armée dans un contexte de conflit de haute intensité, face à un adversaire à parité qui peut nous dénier l’accès à certains compartiments du champ de bataille, grâce à sa défense sol-air, ses aéronefs, ses drones, ses feux d’artillerie.

Le CAPR contribue à l’accélération de la boucle renseignement / acquisition / neutralisation des cibles (ciblage ou destruction d’opportunité). Il anime la réflexion capacitaire des acteurs de la profondeur pour faciliter l’émergence des procédures et moyens améliorant l’interopérabilité nécessaire à leur action.

Ce commandement Alpha préserve donc la liberté d’action du chef interarmes et à densifier la bulle aéroterrestre en favorisant létalité, transparence du champ de bataille et protection de la force.

Vol du Système de Drone Tactique PATROLLER – © Armée de Terre/Défense

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