LA MÉDAILLE DES SPORTS ALLEMANDE
Source : https://www.le-revers-de-la-medaille.fr/
Aussi critiquée que visible sur les placards des militaires des forces armées françaises, la « médaille des sports allemands » dissimule en réalité un insigne dont l’origine est encore plus ancienne que celle de la croix de guerre 1914-1918. Derrière cette appellation familière se cache en effet une distinction sportive créée au début du XXᵉ siècle et qui a traversé plusieurs régimes politiques allemands.
Dans cet article, nous proposons d’en retracer les origines et l’évolution, avant de nous interroger sur son statut réel et sur l’existence éventuelle d’un équivalent français.
Les origines d’un insigne sportif
En 1896, lors de la première édition des Jeux olympiques de l’ère moderne à Athènes, l’Allemagne aligne l’une des délégations les plus importantes et termine en tête du tableau des médailles avec treize récompenses, dont six en or. Parmi les figures marquantes de cette compétition figure le gymnaste Hermann Weingärtner, qui remporte à lui seul six médailles, dont trois en or.
Cette réussite sportive renforce l’intérêt porté par l’Allemagne au développement de l’éducation physique, perçue comme un moyen de former des citoyens robustes et disciplinés. Dans ce contexte — et en s’inspirant notamment du modèle suédois — le comité du Reich pour les Jeux olympiques crée, le 10 novembre 1912, un « prix pour diverses réalisations dans le domaine de l’exercice physique ».
Hermann Weingärtner
Après la Première Guerre mondiale, la République de Weimar réforme cette distinction et la renomme « insigne allemand de gymnastique et de sport ». Les épreuves sont alors ouvertes à l’ensemble de la population allemande âgée d’au moins dix-huit ans, sans distinction de sexe. En avril 1921, Adele Schacke, membre du club de natation de Göttingen, devient ainsi la première femme à obtenir cet insigne.
Avec l’arrivée au pouvoir des nationaux-socialistes en 1933, l’insigne est maintenu car il s’inscrit dans la politique du régime visant à promouvoir la vigueur physique de la population. Il connaît toutefois plusieurs évolutions et acquiert en 1937 le statut de distinction officielle sous le nom de « prix du Reich allemand pour l’éducation physique ». Son attribution cesse finalement en août 1944, dans le contexte de l’effondrement militaire du Reich.
Le général Eberhard Zorn, chef d’état-major de la Bundeswehr entre 2018 et 2023 portait l’insigne DSB parmi ses décorations
L’insigne renaît après la guerre, en 1951, sous l’impulsion de la Confédération allemande des sports (Deutscher Sportbund – DSB). La Bundeswehr reçoit en 1956 l’autorisation d’organiser elle-même les épreuves pour ses militaires, et l’obtention de l’insigne devient même une exigence pour les candidats aux concours d’officiers. L’année suivante, la loi allemande du 26 juillet 1957 relative aux titres, ordres et décorations reconnaît officiellement l’insigne sportif parmi les distinctions nationales.
À partir de 1993, les niveaux (bronze, argent, or), auparavant déterminés selon l’âge des participants, sont désormais attribués en fonction du nombre de participations réussies. Après la fusion en 2006 de la Confédération allemande des sports et du Comité national olympique allemand pour former la Confédération allemande des sports olympiques (DOSB), l’insigne adopte sa forme actuelle : une couronne de laurier portant le sigle DOSB, les différents niveaux étant désormais attribués selon un barème précis de performances.
On l’aura remarqué : le terme de « médaille » n’apparaît jamais dans cet historique. Pour une raison simple : il ne s’agit pas d’une médaille, mais bien d’un insigne. Son nom allemand, Deutsches Sportabzeichen, se traduit d’ailleurs littéralement par « insigne sportif allemand ».
Dans l’armée allemande, cette distinction se porte uniquement sous la forme d’une barrette sur l’uniforme. La médaille proprement dite n’existe pas.
En France comme dans certains autres pays, en revanche, l’usage a conduit à lui ajouter un ruban afin de pouvoir la porter selon les règles de l’ordonnance française.
Cette adaptation explique l’apparition de l’expression « médaille des sports allemands », pourtant inexacte tant du point de vue linguistique que phaléristique. Il serait d’ailleurs plus correct de parler de médaille des sports allemande, les disciplines sportives concernées n’ayant évidemment rien de spécifiquement allemand.
Comment obtenir cette distinction ?
Les épreuves sont organisées autour de quatre groupes de disciplines parmi lesquels le candidat doit choisir une épreuve. Il doit également attester de sa capacité à nager. Selon les performances réalisées, trois niveaux peuvent être attribués en fonction du barème : or, argent ou bronze.
Groupe |
Disciplines |
Endurance : |
3000 m / 10 km course à pied, 7,5 km marche/marche nordique, 200/400/800 m natation ou 20 km vélo |
Puissance : |
lancer de poids / pierre, saut en longueur debout, médecine-ball ou barre horizontale/sol/barres de gymnastique |
Vitesse : |
course à pied de 30/50/100 m, natation de 25 m, vélo de 200 m ou saut/sol de gymnastique |
Coordination : |
saut en longueur, saut en hauteur, saut à la corde, anneaux/barre fixe/poutre d’équilibre |
Natation : |
par exemple 200 m en 11 minutes maximum, 15 min de nage continue ou 100 m de nage en 4 min maximum |








