Chant de l’EMIA : la version chantée de la prière du para.

Source : ETAP

Vous connaissez tous « la Prière du Para » de l’aspirant André ZIRNHELD.

Vous connaissez également la version chantée de cette prière qui, lorsqu’elle est bien interprétée est superbe et très émouvante. Mais connaissez-vous l’origine de cette version chantée ?

L’auteur est le lieutenant-colonel Christian BERNACHOT et vous découvrirez ci-dessous le courrier qu’il m’avait adressé en 2008 pour répondre à ma curiosité.

Christian Bernachot que pas mal d’anciens connaissent, vit sur l’ile de La Réunion et fait partie de l’Amicale de l’ETAP. Il m’a donné l’autorisation de partager ses courriers ainsi que quelques photos.

Voilà, maintenant lorsque vous interpréterez solennellement ce chant, vous aurez une pensée pour son auteur.

Avec ma fidèle Amitié.

Bernard Gardien, trésorier de l’Amicale de l’ETAP.

Christian Bernachot, qui engagé en 56 à la brigade des parachutistes coloniaux avait fait toute sa jeune carrière chez les parachutistes, est le créateur de la version chantée de « La Prière » de Zirnheld. Il a bien voulu, pour notre promotion, témoigner sur cette composition connue de toute l’Armée française. Il parait utile de présenter un tel témoignage qui, nous le pensons, sera utile en faisant connaître que cette Prière n’a pas pour origine un auteur anonyme mais un élève officier de la première promotion de l’EMIA. Bernachot était alors « fine » (chargé des traditions) de promotion et à ce titre, devait pas mal se morfondre et se creuser la tête.

La lettre de Christian Bernachot

Cher camarade,

Bien reçu votre courrier du 5 Janvier (2008). Votre démarche ravive d’anciens souvenirs mais elle me touche et m’honore. Aujourd’hui encore je reste très étonné que le chant « La Prière » si sommairement improvisé soit aussi ancré dans les traditions de notre École.

Enfin, voici comment et pourquoi j’ai été amené à le créer.

1°) Nous sommes en septembre 1961, nous intégrons Coëtquidan après avoir été admis par concours à l’ESMIA. Le journal officiel publie cette intégration en juillet ou en août.

Or après notre arrivée à Coët, nous apprenons qu’étant issus des corps de troupe, nous serons désormais séparés des élèves issus du concours direct. Nous constituons une autre école : l’EMIA.

Cette décision nous atterre mais notre réprobation ne reçoit aucun écho auprès de la hiérarchie totalement tétanisée par l’atmosphère délétère qui empoisonne l’Armée du fait du drame algérien.

Par ailleurs l’époque n’est pas aux recours devant les juridictions compétentes pour annuler une telle décision.

En 1961, Le processus du retrait de l’Algérie est bien envisagé, le putsch des généraux a eu lieu en avril, l’OAS nourrit la révolte et a ses ramifications en métropole dans les milieux officiers activistes. Issus des corps de troupe, nous avons tous été confrontés, à des degrés divers, à cette effroyable histoire. Pour ceux qui comme moi, ont servi dans des unités d’intervention (10e et 25e DP) tous les repères se sont écroulés. Certains chefs que nous vénérions sont mutés, quittent l’Armée ou sont contraints à démissionner.

Dans ce climat épouvantable, mais après avoir été nourris des traditions de Saint-Cyr pendant notre année préparatoire à Strasbourg au PPESMIA, notre promotion se retrouve à Coëtquidan nue comme un ver. Rien n’est prévu pour elle, pire même, nous sommes tout de suite parqués dans des bâtiments vétustes du vieux camp, très à l’écart de nos camarades de l’ESM. Bref, pour ne pas être trop long, je passerai sur tous les détails de cette désillusion mais elle fut énorme et particulièrement frustrante et vexatoire.

Sur le plan traditionnel, bien sûr, c’est le néant. Rien n’est prévu à part une remise de drapeau de l’Ecole programmée pour la fin du 1er trimestre.

Un soir, dans la chambre, devant quelques camarades, je me suis mis à fredonner sur l’air de « Marengo » (marche consulaire) les quelques paroles du superbe poème de Zirnheld dont je me souvenais pour l’avoir lu quelque part à la brigade de parachutistes coloniaux.

Cet arrangement totalement improvisé (je ne disposais ni du texte de cette prière, ni de la musique de Marengo) me semblait spontanément illustrer nos états d’âme perturbés par les deux traumatismes que je viens d’évoquer :

1°) perte des traditions napoléoniennes de Saint-Cyr (illustré par cette musique de la marche de Marengo) ;

2°) Esprit para (illustré par cette prière de Zirnheld) si dénigré en raison du drame algérien.

Les quelques camarades de chambrée qui m’écoutaient sont séduits par cette improvisation. Ils se décident de l’écrire en l’état pour la proposer au commandement comme premier chant de tradition.

Le chef de bataillon VERGUET qui commandait l’EMIA nous reçoit le lendemain dans son bureau. Officier parachutiste du 1er REP, il est enthousiasmé par ce chant qu’il écoute avec une réelle émotion … C’était parti : ce chant sera dès lors interprété à toutes les occasions qui en offriront l’opportunité. A partir d’une bande magnétique d’un vieux magnétophone, je procède à la réalisation d’un petit disque.

En juillet 1962 je me rendais à Paris chez madame la maréchale de Lattre de Tassigny pour obtenir une dédicace…

Cependant, je crois pouvoir affirmer que cette prière ne s’intégrera vraiment dans les traditions de l’EMIA que quelques semaines plus tard, lorsqu’à l’occasion de la grande cérémonie nocturne organisée pour la remise de nos épaulettes de sous-lieutenant, ce chant sera interprété sur le Marchfeld par toute la promotion et magistralement accompagné par la centaine de musiciens de la musique des Troupes de marine.

Ce fut sans aucun doute un grand moment.

Voilà mon cher camarade, l’essentiel de ce que je crois pouvoir raconter sur la création de cette prière. Encore une fois merci de m’avoir donné l’occasion de le faire.

Bien cordialement à vous.

Signé Christian Bernachot.

La carrière de Christian Bernachot :

1956-1957 : engagé volontaire à la 1re demi-brigade de parachutistes coloniaux à Bayonne.

1957-1960 : guerre d’Algérie au 2e RPIMa.

1960-1961 : instructeur à Bayonne puis élève à l’école militaire de Strasbourg.

1961-1962 : élève officier à l’EMIA de Coëtquidan.

1962-1963 : officier élève à l’école d’application de l’infanterie à Saint-Maixent.

1963-1969 : affecté au 2e REP en Algérie (Bou-Sfer) puis en Corse (Calvi).

1969-1975 : instructeur et commandant de compagnie à l’ETAP à Pau.

1975-1985 : affecté à l’école interarmées des sports (bataillon de Joinville). Directeur du parachutisme sportif dans les armées et de l’équipe de France.

1985-1988 : directeur technique national du parachutisme en position de détachement auprès du ministère de la jeunesse et des sports.

Il demande à bénéficier de l’article 5 en 1988.

Christian Bernachot se retire à Saint-Denis de la Réunion où il devient président de l’association réunionnaise des amis de la randonnée

Violoniste amateur de haut niveau il dirige un groupe musical très connu dans l’ile.

Christian Bernachot est également le président de sa promotion.