SEMPER FIDELIS – 250e anniversaire de l’USMC

Depuis le 10 novembre 2025 et tout au long de cette année 2026 seront fêtés les deux cent cinquante ans du « Marine Corps », né dans la fumée d’une taverne et forgé dans le feu de toutes les guerres.

I — LA NAISSANCE

Une taverne, une résolution, une légende

Il y a deux cent cinquante ans, dans l’arrière-salle enfumée d’une taverne de Philadelphie, une nation à peine née décidait de se donner une garde de mer. Nous étions le 10 novembre 1775. Le Congrès continental venait de voter la résolution qui allait créer les Continental Marines, ces soldats amphibies destinés à servir à la fois sur les ponts des frégates et sur les rivages hostiles. La taverne portait le nom du Tun, ce mot saxon qui désigne un tonneau de bière. Et c’est là, dit la tradition, que le capitaine Samuel Nicholas et l’aubergiste Robert Mullan recrutèrent les premiers volontaires, attirés par la promesse de l’aventure et le parfum du houblon.

L’anecdote pourrait sembler modeste pour la naissance d’une institution aussi vénérable. Pourtant, il y a quelque chose de profondément américain dans cette origine à la fois populaire et déterminée : pas de palais, pas de cérémonie dorée, seulement des hommes ordinaires qui décident, un jour d’automne, de s’engager au service d’un idéal encore balbutiant. Le Tun Tavern brûla en 1781 avant même que la guerre soit achevée, emportant avec lui ses poutres et ses souvenirs. Mais la légende, elle, survécut à l’incendie.

JALONS HISTORIQUES

1775 — Fondation au Tun Tavern, Philadelphie

1805 — Marche sur Derna — « les rives de Tripoli »

1918 — Bois Belleau — Naissance des « Devil Dogs »

1945 — Iwo Jima — Le drapeau sur le Suribachi

1950 — Chosin — La retraite des dix milles

2004 — Falloudja — L’ultime bataille urbaine

II — LA FORGE

Bois Belleau : là où les diables sont nés

Si la taverne fut le berceau, les forêts de la Marne furent le creuset. En juin 1918, dans ce vallon boisé de Champagne que les états-majors appellent le bois Belleau, les Marines américains se heurtèrent à la puissance allemande dans ce que l’Histoire retiendra comme l’un des corps à corps les plus meurtriers de la Grande Guerre. Pendant trois semaines, sous les gaz et sous la mitraille, ils progressèrent mètre par mètre, baïonnette au canon, contre des nids de mitrailleuses enfouis dans les taillis.

Un général français, impressionné par leur fureur tranquille, leur demanda de se replier. Un capitaine lui répondit d’un trait resté célèbre : « Reculer ? Nous venons d’arriver. »

« Retreat ? Hell, we just got here. »

Capitaine Lloyd Williams, Bois Belleau, juin 1918

Cette phrase, à elle seule, dit tout de l’éthos du Corps. La victoire coûta plus de cinq mille tués et blessés — davantage que toutes les batailles marines des deux siècles précédents réunis. Mais l’honneur était sauf. Les Français rebaptisèrent la forêt Bois de la Brigade de Marine. Les Allemands, eux, avaient trouvé un autre nom pour leurs adversaires : Teufelshunde — les chiens du diable. Les Marines, ravis de l’insulte, l’adoptèrent comme titre de gloire.

III — L’ICÔNE

Iwo Jima : l’image qui traversa le siècle

Il existe des photographies qui débordent le cadre de leur époque pour devenir des symboles universels. Le 23 février 1945, au sommet du mont Suribachi, sur cette île de cendres volcaniques perdue dans l’océan Pacifique, six soldats américains hissèrent un drapeau sous l’objectif de Joe Rosenthal. En une fraction de seconde, l’instantané figea pour toujours la silhouette d’une nation qui consent à se battre.

Iwo Jima dura trente-six jours. Trente-six jours de combats dans les caves, les tunnels et les cratères d’un volcan endormi que les Japonais avaient transformé en forteresse. L’amiral Chester Nimitz, commandant suprême du Pacifique, rendit hommage à tous les soldats engagés avec une formule lapidaire et magnifique : « À Iwo Jima, des hommes ordinaires accomplirent des actes extraordinaires. » Ce bronze monumental qui se dresse aujourd’hui près d’Arlington, reproduisant le geste des six hommes, fut inauguré le 10 novembre 1954, jour d’anniversaire du Corps, comme il se doit.

IV — L’ÂME

L’aigle, le globe et l’ancre : une philosophie en trois symboles

Tout Marine qui revêt l’uniforme sait qu’il porte sur sa poitrine trois emblèmes chargés de sens. L’aigle, symbole de la nation qu’il sert. Le globe terrestre, rappel que sa mission peut le mener à tous les coins du monde, « en tout pays et par toute condition atmosphérique », comme le chante l’hymne du Corps. L’ancre, enfin, qui le lie à la mer et à la tradition des soldats amphibies.

Mais ce qui distingue vraiment le Marine Corps des autres branches armées est peut-être moins visible que ces insignes : c’est une philosophie. Celle qui pose en principe que chaque Marine est d’abord un fusilier, quelle que soit sa spécialité. Le cuisinier, le musicien, l’officier de renseignement, tous apprennent à manier le fusil, tous passent par l’épreuve du recrutement à Parris Island ou à San Diego. Ce creuset commun forge une identité collective d’une intensité rare dans les armées modernes.

La devise, Semper Fidelis, adoptée en 1883, ne désigne pas seulement la loyauté au drapeau. Elle encode une relation : la fidélité entre les hommes eux-mêmes, entre le Marine et son frère d’armes, entre la génération présente et celles qui l’ont précédée. Chaque 10 novembre, partout dans le monde, une tradition veut que le plus vieux Marine présent et le plus jeune partagent une tranche de gâteau d’anniversaire. Le rite, aussi simple soit-il, dit tout.

Chaque Marine est d’abord un fusilier.

Doctrine fondamentale du Corps, toujours en vigueur

V — L’HÉRITAGE

Deux cent cinquante ans : petits en nombre, immenses en légende

Le 10 novembre 2025, à Philadelphie, ville natale du Corps, ville de l’Indépendance, des milliers de Marines en tenue de cérémonie ont célébré le deux cent cinquantième anniversaire de leur institution. Des anciens combattants d’Iwo Jima, centenaires aux regards d’acier, ont partagé la scène avec des recrues tout juste sorties de l’enfer du recrutement. Le Commandant général, le général Eric M. Smith, a rappelé à la troupe que l’essence du Corps n’avait pas varié d’un iota depuis la taverne du Tun : les Marines sont des combattants, d’abord et avant tout.

C’est là l’étrange paradoxe de cette institution : elle est l’une des plus petites branches armées des États-Unis, quelque cent quatre-vingt mille soldats actifs, à peine le quart de l’Armée de terre, et pourtant son empreinte dans la mémoire collective dépasse celle de bien des armées plus imposantes. Le Corps n’a jamais cherché à grossir ; il a cherché à exceller. « Peu de gens peuvent se dire Marines », aiment à répéter ses officiers. Cette rareté assumée est elle-même une forme de fierté.

Deux cent cinquante ans après la résolution du Congrès continental, après les plages de Guadalcanal et les ruelles de Falloujah, après les jungles du Vietnam et les montagnes d’Afghanistan, le Marine Corps continue de recruter ses hommes et ses femmes sur la promesse d’une exigence absolue. Non pas la promesse d’une vie facile, mais celle d’appartenir à quelque chose qui dure, quelque chose qui, depuis une taverne de 1775, a traversé intact le feu de tous les siècles.

« De la fumée du Tun Tavern jusqu’aux rivages les plus lointains du monde,

ils ont marché toujours fidèles, à leur pays, à leur Corps, à leurs frères. »

 SEMPER FIDELIS — 1775 · 2025