C.P.I.Ma

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Présentation de la 6ème CPIMa.

          De toutes les interventions militaires françaises au Tchad, depuis l’indépendance de ce pays, la première est sans aucun doute le plus méconnu. Contrairement aux opérations Tacaud, Manta, Épervier, elle est d’ailleurs, la seule à ne pas avoir reçu de nom de baptême. Elle est aussi la seule à ne pas avoir mérité l’appellation de Théâtre d’Opération Extérieure (TOE). Elle est enfin la seule pour laquelle il fallut d’âpres discussions pour que fut accordée aux morts au combat la mention « Mort pour la France ». Pourtant, pendant les trois ans que dura cette intervention, passèrent au Tchad plus de quatre mille officiers et sous-officiers des Troupes de Marine de la Légion et de l’ALAT, et environ deux mille de l’Armée de l’Air. Tous eurent souvent le sentiment de se livrer à une opération honteuse et inavouable.
Cet apparent ostracisme avait une explication : en décidant l’intervention au Tchad, le 18 mars 1969, le général de Gaulle prit à contre-pied le Parlement, l’opinion publique et même l’Armée.
À son retour aux affaires en 1958, il avait clairement affiché son intention d’alléger le « fardeau des colonies », et de se désengager le plus vite possible de l’outre-mer traditionnel, de l’Afrique Noire au premier chef. À l’Armée il avait commandé d’oublier la guerre d’Algérie et de se tourner résolument vers l’Europe et la dissuasion nucléaire.
Et voilà que, pour éviter l’éclatement d’un État auquel la France avait donné son indépendance, et pour conjurer le pourrissement politique de l’Afrique qui pourrait en être la conséquence, le général de Gaulle décidait, avant de disparaître, un renversement de politique, un complet demi-tour. Il ne fut pas étonnant, dès lors, que l’Armée hésitât à s’engager, que l’opposition criât à la renaissance des guerres coloniales et que le gouvernement se résignât à une intervention à la condition expresse qu’elle fut courte et surtout discrète. 

          Lors de son départ, les adieux les plus chargés d’émotion, le général Cortadellas le réserve pour la CPIMa : Elle a été mon fer de lance ; je l’ai réprimée à l’occasion plus durement que les autres, car à mes yeux la valeur au combat ne permet pas le relâchement dans d’autres domaines. Mon fils y a été tué. Elle a été commandée par trois capitaines que je n’oublierai jamais : Soissong, Canal, Jourdain. (Introduction du livre « Face au Darfour » extrait) Général C.A (2s) Pierre de Tonquédec

GCCP – CPC – CPIMa – CAPIMa – 6ème CPIMa

          Relevant le 18ème BIP en 1948 à Brazzaville, en AEF et au Cameroun de cette date à 1958, puis dans cette même zone d’Afrique centrale francophone jusqu’à sa dissolution en octobre 1975, en passant brièvement par Bouar pour finir à Fort-Lamy, le GCCP d’AEF, devenu CPC d’AEF en 1957, puis CPIMa d’AEF en 1958, renommée CAPIMa en 1963 et enfin 6° CPIMa en 1964. Avec un effectif de quelque 150 hommes et de modestes appuis aériens, elle s’est illustrée en tant que gardien vigilant de cette région d’Afrique d’une superficie de près de 3 millions de Km², y assurant pleinement la souveraineté et les intérêts de la France, tout en aidant au maximum les populations villageoises.

Pour mener à bien cette vaste mission, elle a payé un lourd tribut, soit 27 morts et plus de 56 blessés au combat, d’abord au Gabon en 1964, mais la quasi-totalité lors de la première intervention au Tchad, dans la période s’étalant de septembre1969 à septembre 1972.

Son action, dans ces années agitées «post-1968», pour des raisons politiques du moment (décolonisation, antimilitarisme, Gauchisme, etc…), a été tue et le sacrifice de ses hommes occulté.

L’oubli de ces actes militaires courageux n’a pas touché que notre unité. En effet, ceux des Frères d’Armes de l’Armée de Terre (Légion, TDM, 17° RGP), de la Marine (33 F), de l’Armée de l’Air (Nord 2501 – C160 Transall – AD4 Skyraider – H34 Sikorsky), des services, et ceux qui sont détachés à l’AMT (Assistance Militaire Technique) ont subi un sort identique.

Vingt-cinq ans après la dissolution de leur unité, en se réunissant à Bayonne, les Éléphants Noirs avaient senti le besoin de laisser un témoignage de leur aventure qu’ils avaient intensément vécue. C’est en honorant sur leurs tombes la mémoire de leurs vingt-sept morts au combat, que les Éléphants Noirs, unis par la culture de l’amitié, accomplissent leurs propres devoirs de reconnaissance et commémorent l’héritage sacré de leur patrimoine, comme ils en ont fait le serment à Bayonne, le 22 octobre 2000.

    • De tous les «accrochages», «BEDO» est le combat le plus mémorable et meurtrier de la CPIMa et vraisemblablement de l’Armée française depuis 1962.  En effet, le 11 octobre 1970, la compagnie prise en embuscade réussira sans appui extérieur à se dégager par des assauts successifs. Elle neutralisera une grande partie de l’ennemi au prix de 12 tués et de 20 blessés. Après la dure épreuve de «Bedo», la compagnie sera engagée le 21 octobre, dans l’opération «Picardie II».
    • De septembre 1969 à septembre 1972, la CPIMa aura mis hors de combat plus de 500 rebelles, fait 47 prisonniers, récupéré plus de 300 armes de guerre dont 17 armes collectives. Elle aura perdu au combat 26 tués et 56 blessés. Incroyablement, pour ce bilan, la CPIMa ne sera récompensée que par un simple et discret «Témoignage de Satisfaction» du ministre de la Défense du moment !
    • En 2015, la dernière action de l’amicale concernant ses morts fut de retrouver la tombe de Louis ALLAIN et de faire transférer sa dépouille au cimetière militaire de Farcha (Tchad).
    • En 2021, après vingt années d’une longue quête, les Éléphants Noirs ont accompli leur «mission». Le nom de Serge ARNAUD premier mort de la CAPIMa aura été gravé le dernier dans le marbre.

Enfin ! Nos vingt-sept Morts au champ d’honneur ont été reconnus.

Enfin ! leurs noms sont gravés dans le marbre du Monument aux Morts pour la France en opérations extérieures.

Le 30 novembre 1975 : Dissolution de la 6ème CPIMa et du 6ème RIAOM après l’évacuation du Tchad et le rapatriement à TOULON.

Le 22 octobre 2000 : «Résurrection» de l’unité dans la Citadelle à BAYONNE par la création de l’Amicale des Anciens de la Compagnie Parachutiste d’Infanterie de Marine de l’Ex-Afrique Équatoriale Française (1948-1975).

NB : L’insigne de l’unité se compose de l’Ancre de la Coloniale en métal doré supportant une sphère formée de trois coupoles de parachutes en métal argenté, sur laquelle figure une tête d’éléphant, en émail noir, dont les défenses sont blanches. Il a été homologué (G1032) le 29 juin 1953, à la demande du capitaine DOBBELS alors commandant de l’unité. C’est pourquoi ceux qui ont servi à l’unité sont appelés « les Éléphants Noirs ».  

Le président des anciens de la CPIMa

Cba (er) André Piaskowski

Pour lire l’épopée de la CP.I.Ma :

Avenue du lieutenant Jacques Desplats

81108 Castres Cedex