Un hommage unique à des combattants particuliers…

À Lille, un monument unique en France rend hommage à des combattants méconnus…

Le monument commémoratif

Le parc de la Citadelle de Lille abrite plusieurs monuments célébrant les héros du passé. Ce monument dédié aux colombophiles fusillés pendant la Première Guerre mondiale est unique en son genre. Sculpté par le douaisien Alexandre Descatoire, il est inauguré en 1936. Une figure féminine symbolisant la paix enveloppée d’une nuée de pigeons surplombe un grand bouclier broyant l’hydre de la guerre. Deux bas-reliefs sculptés ornent le socle. Ils évoquent la guerre des tranchées et l’acte héroïque du pigeon qui délivra l’ultime message depuis le Fort de Vaux avant sa chute.

Il ne célèbre ni un général, ni une bataille, ni un régiment. Il rend hommage aux colombophiles fusillés par l’ennemi pour avoir détenu des pigeons voyageurs, et bien sûr aux « 20 000 pigeons voyageurs morts pour la patrie ».

les pigeons voyageurs

L’armée les utilise depuis 1870, date à laquelle elle en a fait officiellement un outil de communication.  Mais aujourd’hui, il ne reste plus qu’un seul pigeonnier militaire en Europe, dans le fort du mont-Valérien, surplombant Paris à l’ouest et qui abrite le 8e régiment de transmissions. Le détachement abrite près de 200 pigeons qui servent aux concours de colombophilie, aux lâchers lors de cérémonies ou encore aux présentations lors de visites des lieux. Ces pigeons voyageurs n’ont plus aucune « fonction de messager ».

Un outil de communication dans les années 1870

Si le recours aux pigeons voyageurs remonte à l’Antiquité, c’est surtout dans les années 1870 que l’armée française en fait officiellement un outil de communication, avec la création d’un « service de colombophilie aux armées » pendant la guerre franco-prussienne.

S’ensuit alors une utilisation accrue des pigeons voyageurs durant les deux conflits mondiaux. Mais la colombophilie militaire française s’éteint progressivement, les derniers recours aux pigeons voyageurs datant de la guerre d’Algérie, jusqu’à prendre officiellement fin en 1961, lorsque le général de Gaulle ordonne la dissolution du dernier colombier militaire opérationnel de France.

Entrée de la forteresse du mont-Valérien / 8e régiment de transmissions

Le « Vaillant », dernier pigeon du commandant Raynal

A l’extérieur du fort de Vaux, une plaque rappelle le rôle des colombophiles militaires pendant la bataille de Verdun. Un hommage est plus particulièrement rendu au Vaillant, le pigeon qui a transmis le dernier message du commandant Raynal avant la chute de l’ouvrage.

Le 4 juin 1916, le fort de Vaux est encerclé et la situation est désespérée. Le commandant Raynal rédige son ultime message en demandant une opération de dégagement.

Désorienté par la fumée, Le Vaillant, dernier des quatre pigeons prend son envol dans les gaz asphyxiants et sous les tirs ennemis. Il arrive, mourant, au colombier de la citadelle de Verdun…

La tentative de dégagement du fort fut un échec. Mais le pigeon qui avait accompli sa mission recevra une bague d’honneur avec citation à l’ordre de la Nation.

La médaille Dickin

Bien que moyens secondaires, les pigeons voyageurs ont parfois réalisé des exploits notables, à l’instar de Gustav, « le premier pigeon qui a transmis un message des plages du Débarquement le 6 juin 1944 ».

Fraîchement débarqué en Normandie d’un navire anglais, alors que toutes les communications radio sont coupées, le pigeon voyageur repart en Grande-Bretagne, message à la patte, ce qui lui vaudra d’être récompensé de la médaille Dickin, une décoration militaire animalière.

Cette récompense militaire fut instituée en 1943 au Royaume-Uni par Maria Dickin, fondatrice du People’s Dispensary for Sick Animals (PDSA), afin d’honorer la bravoure ou le dévouement au service ou en association avec l’armée ou la défense civile, quelle que soit leur nationalité. Cette récompense fut principalement remise à des chiens mais également des chats, des cheveaux et des pigeons voyageurs.