Alexis Godillot ou la révolution de la chaussure militaire…

Peu d’industriels ont autant marqué leur époque qu’Alexis Godillot, figure emblématique du second Empire. Pourtant, il n’est plus connu qu’à travers son nom, qui qualifie par antonomase de grosses chaussures et a même dérivé de façon péjorative en « godasse ».

Alexis Godillot naît à Besançon en 1816 au foyer d’un ancien soldat de la Grande Armée napoléonienne. Il passe son enfance dans la sellerie familiale. Son père Félix Godillot avait constaté que les voyageurs qui prenaient la diligence avaient des sacs peu adaptés au transport à la main. Il conçut donc en 1826 un « sac de nuit » muni d’un fond de cuir rigide, d’un fermoir en fer et de deux poignées de cuir. C’est l’ancêtre de la valise. Il vaudra à la famille une honnête aisance mais pas la fortune, l’industriel ayant négligé de breveter son invention.

Son fils Alexis commence à fabriquer des tentes de troupe, du matériel d’ambulance et des objets de campement. Le succès est tel que l’administration de la Guerre lui demande de produire de quoi chausser et habiller les soldats.

Sous le second Empire, les armées françaises doivent pouvoir se déplacer rapidement. Un fantassin marche jusqu’à 40 kilomètres par jour, et pourtant ses souliers sont de piètre qualité, souvent sans distinction entre pied gauche et pied droit. Certains soldats vont même jusqu’à porter des sabots de bois. Flairant une opportunité en or, Godillot décide de créer une chaussure adaptée, confortable et résistante.

Alexis Godillot

En 1858, il frappe un grand coup : il impose enfin la distinction entre pied gauche et pied droit, ajuste les pointures et, surtout, relègue les semelles en bois aux oubliettes en les remplaçant par du cuir. En 1862, toujours en quête de perfection, il affine encore le confort : il sculpte une courbure sous la voûte plantaire pour mieux épouser le pied et imperméabilise le dessus de la chaussure avec de la gutta-percha, une gomme adhésive et imperméable issue du latex naturel qui la rend plus résistante à l’humidité et aux terrains boueux.

Le succès est fulgurant : en 1859, l’armée lui commande 100 000 paires de chaussures. La guerre de Crimée lui offre un terrain d’expérimentation grandeur nature. À partir de là, son entreprise ne cesse de croître, produisant jusqu’à 1,2 million de paires par an. Sa chaussure est désormais équipée d’une semelle imperméabilisée à la gutta-percha.

Les soldats, ces grands chansonniers, ne tardent pas à donner un nom affectueux à leurs nouvelles chaussures : les godillots. Les poilus de 14-18 en feront même un hymne : « Les godillots sont lourds dans l’sac ».

Ces souliers deviennent un emblème de la vie militaire et accompagnent les armées françaises jusqu’à la Première Guerre mondiale. Par la suite, le terme « godillots » deviendra un terme du langage familier pour désigner de grosses chaussures, mais est aujourd’hui vieilli ; il en dérive, par l’argot, le terme « godasses ».

Le 13 avril 1893, âgé de 77 ans, ce talentueux entrepreneur à la carrière incroyable décède à Paris et est enterré au cimetière de Montmartre.

Il laisse derrière lui le terme « godillot », associé aujourd’hui (et malgré lui !) à de grosses chaussures de mauvaise qualité. En réalité, Alexis Godillot a révolutionné le monde de la chaussure, particulièrement en différenciant le pied gauche du pied droit. Il a été pionnier dans l’art de chausser les soldats, avec le souci d’apporter du confort aux pieds.