Décorations et décorés : quelques cas exceptionnels…

Général Raoul Salan (1899 – 1984), le militaire le plus décoré de l’armée française

Général Salan

Raoul Salan s’engage en 1917 et combat au sein du 5e régiment d’infanterie coloniale. Il est ensuite  affecté au Levant en 1921 puis en Indochine  de 1924 à 1937. Durant la Seconde Guerre mondiale, il s’illustre lors de la libération de Toulon puis sert au Tonkin en 1945. Général de division, il est commandant supérieur des troupes françaises d’Extrême-Orient en 1948. Il succède au général de Lattre après sa mort, comme commandant en chef des forces françaises en Indochine en 1952. Général d’armée, il est commandant interarmées en Algérie en 1956, puis nommé délégué général du gouvernement en Algérie en 1958, avant de devenir gouverneur militaire de Paris en 1959.

Il participe en avril 1961 au putsch des généraux puis bascule dans la clandestinité et prend la tête de l’organisation armée secrète (OAS). Arrêté à Alger, son procès s’ouvre en mai 1962 et il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Il est gracié en juin 1968 par le général de Gaulle, puis amnistié en juillet 1968, et enfin réhabilité par la loi d’amnistie du 3 décembre 1982.

Décorations du général Salan

Maréchal Joukov (1896 – 1974), le militaire le plus décoré de l’Union soviétique

Gueorgui Konstantinovitch Joukov (1896 – 1974), est d’abord sous-officier dans l’Armée impériale russe pendant la Première Guerre mondiale, puis devient officier de l’Armée rouge lors de la guerre civile. Il monte progressivement en grade pendant l’entre-deux-guerres jusqu’à ce que Joseph Staline le nomme chef de l’état-major général en janvier 1941.

À la suite des défaites de l’été 1941, il  va intervenir sur les fronts les plus sensibles et jouer un rôle important lors de plusieurs opérations militaires majeures : siège de Léningrad, bataille de Moscou, contre-offensive de Stalingrad, bataille de Koursk, reprise de l’Ukraine… Il dirige l’action principale de l’offensive Vistule-Oder et s’empare de Berlin. C’est devant lui que les forces armées allemandes capitulent, le 8 mai 1945.

Il est toutefois limogé dès 1946 par Staline, soucieux de sa popularité. Après la mort de ce dernier (1953), Joukov devient vice-ministre puis ministre de la Défense, soutenant Khrouchtchev lors de la déstalinisation. Méfiant à son tour, Khrouchtchev le fait démettre de toutes ses fonctions et le met définitivement à la retraite en 1957.

Le maréchal Joukov, portant ses quatre étoiles de héros de l’Union soviétique

La médaille de héros de l’Union soviétique

Le titre de « héros de l’Union soviétique » est créé en 1934 mais il n’existe pas de médaille propre au titre et les premiers récipiendaires reçoivent en même temps l’Ordre de Lénine. La médaille sera créée en 1939 pour accompagner le titre (à gauche).

Le titre de « héros de la fédération de Russie» a été instauré après la dissolution de l’Union soviétique pour succéder au titre désormais abandonné de héros de l’Union soviétique. Il est le plus haut titre honorifique de la fédération de Russie (photo à droite).

Lieutenant Audie Leon Murphy (1925 – 1971), l’un des soldats américains les plus décorés de la deuxième guerre mondiale

Audie Léon MURPHY (1925 – 1971), est l’un des soldats américains les plus décorés de la seconde guerre mondiale. Il reçut un grand nombre de décorations militaires existantes dans l’armée de Terre des Etats-Unis en plus de distinctions étrangères, notamment françaises et belges.

Il obtint la « Medal of Honor », plus haute décoration militaire Américaine, pour avoir à 19 ans bloqué seul et pendant une heure l’assaut de toute une compagnie allemande à Holtzwihr, dans la poche de Colmar en janvier 1945, puis mené une contre-attaque tout en étant blessé. Il termina la guerre comme premier-Lieutenant.

Après la guerre il entama une carrière cinématographique et tourna dans plus de 40 films, principalement des westerns. Il joua son propre rôle dans « l’enfer des hommes », une adaptation de ses mémoires de guerre publiées en 1949.

Parallèlement à sa carrière d’acteur, il rejoignit la garde nationale du Texas en 1950 ou il servit dans la réserve jusqu’en 1969 avec le grade de major.

Souffrant de ce qui est aujourd’hui appelé un trouble de stress post-traumatique, il dormait avec un pistolet sous son oreiller et prenait régulièrement des somnifères.

Il trouva la mort à 46 ans dans un accident d’avion. Il fût inhumé avec les honneurs au cimetière National d’Arlington à Washington comme le véritable héros qu’il était.

Tombe d’Audie Murphy au cimetiere d’Arlington 

La médaille d’honneur américaine

La Medal of Honor (« médaille d’honneur » ou « médaille de l’honneur ») est la plus haute distinction militaire des États-Unis. Il en existe trois versions, pour l’US Army, l’US Navy et l’US Air Force.

Elle est parfois nommée par erreur « médaille d’honneur du Congrès » parce que le président des États-Unis remet en main propre la récompense au nom du Congrès.

La médaille est l’une des deux seules décorations décernées aux membres des forces armées américaines qui se portent en cravate (l’autre décoration étant la Legion of Merit).

 

Nota : le GCA François Cann, ancien chef de corps du « 8 », est titulaire de la Legion of Merit.

Capitaine Charles Upham (Nouvelle-Zélande, 1908 – 1994), l’unique combattant doublement décoré de la Victoria Cross

Charles Upham se porte volontaire dès le début de la seconde guerre mondiale pour rejoindre le corps expéditionnaire néo-zélandais.

Sa première Victoria Cross lui fut attribuée pour ses actions héroïques en Crète, en mai 1941. Gravement blessé à plusieurs reprises, il mena attaque sur attaque contre les positions allemandes et continua d’évacuer des blessés malgré une balle dans l’épaule.

Sa deuxième Victoria Cross récompense une série d’actes de bravoure à El Alamein, en juillet 1942 : infiltrations derrière les lignes ennemies, destruction de chars, neutralisation de postes avancés. Touché à la tête, au bras, à la jambe, Upham refusa de se faire soigner tant que ses hommes n’étaient pas en sécurité.

Fait prisonnier peu après, il tenta à plusieurs reprises de s’évader et finit interné dans la tristement célèbre forteresse de Colditz. Quand les Allemands apprirent qu’il détenait deux Victoria Cross, ils le jugèrent en effet « trop dangereux »…

Charles Upham n’aimait pas les honneurs. Quand un journaliste lui demanda s’il pensait mériter deux fois la Victoria Cross, il répondit simplement : « Non. Mais je connaissais des hommes qui la méritaient deux fois et ne sont jamais revenus. »

Nota : il y eu deux autres récipiendaires doubles — Arthur Martin-Leake et Noel Godfrey Chavasse — qui n’étaient pas en unité combattante et servaient comme officiers du corps médical.

La croix de Victoria (Victoria cross)

La croix de Victoria (en anglais « Victoria Cross ») est la distinction militaire suprême de l’armée britannique et du Commonwealth.

Instituée en 1856 par la reine Victoria pour récompenser les actes de bravoure pendant la guerre de Crimée, la croix de Victoria vise à ne récompenser que les prouesses militaires accomplies face à l’ennemi en temps de guerre.

Elle doit être attribuée de la manière la plus égalitaire possible, en ne prenant en compte ni le grade, ni la religion, ni l’origine ethnique ou la condition sociale du récipiendaire.

Elle doit être attribuée de la manière la plus égalitaire possible, en ne prenant en compte ni le grade, ni la religion, ni l’origine ethnique ou la condition sociale du récipiendaire.

Cette décoration exceptionnelle n’est en aucune manière un ordre, contrairement à celui de la Jarretière ou du Bain, et n’est donc pas accompagnée d’un titre nobiliaire. Elle ne comprend aussi aucune hiérarchie honorifique en son sein.

Médailles de Charles Upham, conservées au National Army Museum Waiouru (musée national de l’armée néo-zélandaise)
La barrette ajoutée sur le ruban de la Victoria Cross signifie que la décoration a été attribuée une seconde fois.

Lieutenant-général Adrian Carton de Wiart (1880 – 1963), surnommé « le soldat intuable »

Il a servi comme officier britannique durant la guerre des Boers, puis les deux guerres mondiales. Il fut blessé neuf fois, perdant notamment un œil et la main gauche, et survit également à deux crashs d’avions, lui donnant la réputation d’être « intuable »…

Lieutenant-General Sir Adrian Carton de Wiart

Adrian Carton de Wiart est né en 1880 à Bruxelles (Belgique) de parents belges et mort en 1963 à Killinardrish (Irlande).

Sous-lieutenant en 1901, il est gravement blessé pendant la seconde guerre des Boers (1899 – 1902), en Afrique du Sud. Durant la première guerre mondiale, il est blessé huit fois (perte de l’œil et de la main gauche) et fait l’objet de cinq citations. Lieutenant-colonel, il reçoit la croix de Victoria le 3 juillet 1916 pendant la bataille de la Somme. Il est ensuite nommé compagnon de l’ordre de Saint-Michel et Saint-Georges en 1918 puis compagnon de l’ordre du Bain en 1919.

Il commande la mission militaire britannique en Pologne de 1919 à 1924, année où il prend sa retraite.

Rappelé en 1939 comme colonel avec rang de général de division, il commande le Corps expéditionnaire interallié de Namsos lors des opérations de la campagne de Norvège en avril 1940.

En 1941, alors qu’il vole en direction de la Yougoslavie, son avion s’écrase en Méditerranée. Malgré ses blessures, il réussit à nager jusqu’à la côte la plus proche, où il est capturé par l’armée italienne et envoyé dans un camp de prisonniers d’où il tente cinq fois de s’évader.

Libéré en 1943, il est nommé lieutenant-général et devient représentant personnel de Churchill auprès de Tchang Kaï-Chek jusqu’en 1946. C’est en Asie du Sud-Est qu’il réchappe à un second accident d’avion.

Nommé commandeur de l’ordre de l’Empire britannique en 1945, il quitte le service actif en 1947 et meurt en 1963 à l’âge de 83 ans.

Médailles d’Adrian Carton de Wiart, conservées au National Army Museum à Londres