Pourquoi le nom « Bérézina » est-il devenu aujourd’hui synonyme d’échec total ? 

La bataille de la Bérézina, en 1812, a pourtant été remportée par l’armée de Napoléon – certes, au prix de lourdes pertes.

Associer « Bérézina » à une déroute semble contradictoire. Contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, la bataille de la Bérézina fut bel et bien une victoire pour les Français. Une victoire toute relative, certes, mais néanmoins une victoire.

En novembre 1812, la Grande Armée bat en retraite. Les Russes comptent sur l’obstacle formé par la rivière Bérézina pour bloquer l’armée française et l’anéantir. Napoléon se trouve dans une situation très difficile, voire désespérée. Malgré des températures de -30°C, la rivière n’est pas encore gelée. Poursuivis par l’armée de Koutouzov, et avec deux autres troupes sur leurs flancs, les Français n’ont pas d’autre choix que de la traverser.

Les Russes pensent donc que les Français attaqueront à Borissov, où se trouve l’unique pont « en dur ». Si Napoléon organise une manœuvre de diversion et y envoie des troupes pour effectivement convaincre l’ennemi qu’il s’y dirige, il décide de franchir la Bérézina 15 kilomètres en amont, où il ordonne de construire deux ponts.

Face au village de Stoudienka, où le général Corbineau a identifié un passage possible, la largeur de la rivière n’est que de 20 mètres et sa profondeur d’environ 2 mètres.

En un temps record, des pontonniers néerlandais construisent deux ponts en bois, travaillant jour et nuit dans l’eau glacée et dans des conditions extrêmement difficiles (Parmi les 400 pontonniers qui ont construit les ponts, seuls le capitaine George Diederich Benthien, le sergent-major Schoeder et six pontonniers survivront). Quand les Russes s’en rendent compte, ils passent à l’attaque le 28 novembre, vers 8h du matin.

Pendant que l’armée traverse la rivière, le maréchal Victor, avec 10 000 hommes, défend la position pendant toute la journée. Peu de temps après, les Français qui ont réussi à passer sur l’autre rive sont également attaqués. Les maréchaux Oudinot et Ney, à la tête de 18 000 hommes dont 9 000 Polonais, repoussent les troupes de Tchitchagov, ce qui permet au reste de l’armée de traverser. La nuit interrompt les combats et Victor en profite pour traverser à son tour. Malgré leur supériorité numérique et leurs positions favorables, les Russes n’ont pas réussi à stopper l’armée impériale et s’emparer des ponts.

De nombreux retardataires sont encore sur l’autre rive. Le général Éblé envoie plusieurs fois dire que les ponts vont être détruits dès l’aube et se rend même sur place personnellement. Mais les traînards, épuisés, préfèrent attendre l’aube. Après avoir reporté l’échéance le plus longtemps possible, ordre est donné à l’approche des Russes d’incendier les deux ponts. On assiste alors à un spectacle tragique d’hommes et de femmes se précipitant à travers les flammes ou de traverser la rivière à la nage.

Grâce à cette victoire, la Grande Armée évite l’anéantissement, mais elle n’est plus en état de combattre. Le succès militaire a coûté de nombreuses pertes, évaluées à environ 45 000 hommes. Un nombre important de canons sont également restés sur place.

La bataille est ainsi restée dans la mémoire collective comme un désastre national, et la fin des rêves de conquête de Napoléon. Malgré la victoire de l’armée française, le mot « Bérézina » est ainsi devenu synonyme de déroute et d’échec total.

Le 126e régiment d’infanterie

Le 126e régiment d’infanterie (alors 126e régiment d’infanterie de ligne) fait partie des unités chargées de couvrir le franchissement de la Bérézina et de tenir les positions face aux attaques russes, dans des conditions d’épuisement extrême.

Comme de nombreux régiments d’infanterie présents sur place, le 126e RI participe aux combats, ralenti l’ennemi, protège les ponts et permet le passage du gros des forces, au prix de pertes très lourdes. Les soldats combattent dans le froid, souvent à court de munitions, affaiblis par la faim et les marches forcées, mais maintiennent leurs positions avec une détermination exemplaire.

Le sacrifice du régiment à la Bérézina marque durablement son identité. Cette épreuve fondatrice est reconnue par l’inscription « Bérézina 1812 » sur son drapeau.

Le saviez-vous ?

Le franchissement de la Bérézina serait de nos jours qualifiée de « franchissement rétrograde » et serait exécuté par le génie. C’est pourquoi beaucoup pensent que le général Eblé, chef des pontonniers de la Grande Armée et responsable de l’opération appartenait à cette arme (idée renforcée par le fait que la caserne abritant l’école du génie à Angers porte son nom).

Mais le général Eblé était artilleur, se distinguant à de nombreuses reprises au commandement de cette arme. Et depuis 1795, les pontonniers étaient rattachés à l’artillerie…