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LE BURKINA FASO CONFIRME AVOIR DEMANDE LE DEPART DES TROUPES FRANÇAISES

Publié le : 23/01/2023 – 15:35 Modifié le : 24/01/2023 – 04:38

Les commandos marine font partie des forces spéciales françaises engagées dans le cadre de la Force «Sabre» au Sahel. RFI/Olivier Fourt

Le porte-parole du gouvernement du Burkina Faso a confirmé, lundi 23 janvier 2023, que les autorités burkinabè ont demandé le départ des troupes françaises basées dans le pays, dans un délai d’un mois.

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Par décret du 23 janvier 2023 portant nomination du grand chancelier de la Légion d’honneur, 

le général d’armée François LECOINTRE, grand’croix de la Légion d’honneur, est nommé grand chancelier de la Légion d’honneur, à compter du 1er février 2023.

Budget des armées

Emmanuel Macron annonce une hausse d’un tiers sur 2024-2030

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Une urgence : reconstruire la défense opérationnelle du territoire

Dans un précédent dossier le GDI (2S) Vincent Desportes nous avait déjà alertés sur la nécessité d’adapter notre outil de défense à la réalité des menaces. L’actualité lui donne raison aujourd’hui. Il faut réfléchir à notre modèle d’armée à la lumière de ce que nous enseigne le conflit en Ukraine notamment en consolidant la défense de notre territoire.

Voir aussi le document ci-après.

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Le conflit intra-européen qui se déroule à 2 000 km de Paris regorge d’enseignements, du stratégique au tactique. Mais s’il en est un que nous devons intégrer sans délai, c’est celui de l’importance de la résilience. Sans elle, sans la force morale de la population, sans les efforts de préparation à la guerre longue consentis par l’Ukraine depuis la crise du Donbass en 2014, les forces russes seraient vite parvenues à leurs objectifs. La résilience ukrainienne a changé le cours de la guerre.

En ce qui concerne nos belles armées, elles ont certes d’immenses qualités, dont celle de l’excellence. Cependant, rationalisées « jusqu’à l’os », elles ont de nombreuses carences, la moindre n’étant pas leur manque d’épaisseur, donc justement leur manque de résilience et de capacité à durer dès lors que les opérations changeraient de nature, de volume et de rythme.

Mais elles en ont une autre, beaucoup plus grave. Le système de forces est organisé sur un modèle dépassé, dont l’économie générale ― sculptée par un imperium administratif obsédé d’efficacité gestionnaire plus que de finalité opérationnelle ― n’a pas varié depuis un quart de siècle, contrairement à l’environnement. Les risques ont muté au point de devenir menace directe mais le modèle de forces est resté identique, ne subissant que de marginales évolutions, techniques et non stratégiques.

En particulier, il est vital que nos forces armées prennent sérieusement en compte la menace directe sur le territoire national, avérée aujourd’hui et qu’amplifierait dramatiquement un conflit de haute intensité. La décision finale reste au sol, c’est donc aussi là que se forge la défaite. Une armée ne valant que ce que vaut son maillon faible, on ne gagnera pas la guerre avant la guerre s’il n’est remédié très vite à l’extrême faiblesse de notre défense territoriale qui est à reconstruire : prenant l’Histoire à contrepied, elle est devenue une de nos vulnérabilités critiques, un concept creux, sans substance, puisque dépouillé de moyens d’action sérieux.

Le caractère dissuasif de notre défense suppose une base arrière solide, dotée de forces d’active dédiées à sa protection : elles n’existent pas.

Des modèles dépassés

Un problème majeur des armées françaises est que leur modèle, inchangé depuis la professionnalisation des armées il y a vingt-cinq ans, demeure fondé sur un monde qui a disparu.

Le modèle de la Guerre froide, ce furent : (1) quelques moyens destinés aux opérations extérieures liées soit à nos responsabilités africaines ou moyen-orientales soit aux manœuvres de contournement périphériques soviétiques, (2) l’outil central de la dissuasion nucléaire dans ses différentes composantes avec leurs vastes soutiens et (3) un corps de bataille soit capable (très hypothétiquement) d’arrêter un flux blindé soviétique qui, du côté de Fulda ou de Munich, aurait percé les forces alliées de la « bataille de l’avant », soit destiné à être détruit de manière à justifier aux yeux du monde et des générations futures le déclenchement de l’Apocalypse. On conserva quelque temps des forces dites de Défense opérationnelle du territoire qui avaient toute leur nécessité mais qui, pour préserver financièrement le supposé essentiel et moderniser les parcs et flottes, furent bientôt offertes en sacrifice aux comptables de Bercy.

Situation nouvelle à la chute du mur de Berlin. D’une part l’ennemi n’est plus à « une étape du tour de France », selon l’expression du général De Gaulle, et, d’autre part, le constat est fait que les armées françaises se battront désormais à l’extérieur du territoire national pour des enjeux qu’il sera difficile de présenter comme vitaux aux citoyens-électeurs. Les présidents François Mitterrand (à l’occasion de la guerre du Golfe) et Jacques Chirac prennent acte du fait que le modèle de la conscription est momentanément condamné, d’autant qu’aucune menace ne vise plus directement le territoire national et sa population. En 1996, décision est prise, à juste titre dans les circonstances du moment, de professionnaliser l’armée. Et d’en réduire drastiquement le format. D’abord, parce que les temps sont aux illusoires « dividendes de la paix » et à la dictature de l’État-providence. Ensuite, parce qu’une armée professionnelle coûte beaucoup plus cher qu’une armée de conscription ; et enfin, pour préserver budgétairement les moyens de tenir notre rang, en particulier vis-à-vis de notre grand protecteur, dans la course ruineuse à l’hyper-technologie.

Année après année, nos forces perdent de l’épaisseur, avec deux décrochages terribles sous les présidences Nicolas Sarkozy et François Hollande. Qui pourrait s’y opposer ? Il est impossible de prouver que leur volume est insuffisant pour les opérations somme toute modestes dans lesquelles elles sont engagées. Le modèle est donc celui (1) d’une dissuasion nucléaire réduite mais maintenue, ce qui est parfaitement raisonnable, et (2) d’un corps expéditionnaire à trois composantes ― Terre, Mer, Air ― apte à mener à bien des engagements interarmées mineurs, mais incapable de conduire des opérations d’ampleur et même de protéger l’intégralité de l’espace national, qu’il soit terrestre ou maritime.

Un modèle de force qui doit être adapté aux nouvelles circonstances de la guerre à venir

Le modèle qui vient d’être décrit n’a pas changé. Les circonstances, en revanche, ont évolué jusqu’à prouver par la guerre réelle l’absolue nécessité tant d’accélérer la reconstruction de nos forces que d’en adapter le modèle.

Le premier sujet est celui du format. Nous l’avons dit, celui de nos forces conventionnelles est inadapté à la guerre qui vient. Les volumes qui peuvent être engagés à l’instant « T » sont certes à peu près appropriés à nos opérations courantes, mais ils ne le sont pas à celles que nous pourrions avoir à conduire dans un avenir qui se rapproche. Sans stocks, avec des dotations initiales limitées, incapables de s’auto-transporter, elles manquent de substance pour durer, mais aussi pour encaisser le premier choc puis rebondir afin d’assurer leur mission de protection de la France et des Français.

Elles ne sont plus « résilientes » parce que la résilience suppose de la profondeur et qu’elles n’en ont pas ; or, la résilience est la vertu capitale des armées qui doivent opérer dans les pires conditions, même lorsqu’autour d’elles plus rien ne fonctionne. Les armées doivent être dissuasives ― cela dépasse de très loin la force nucléaire qui n’est qu’une composante du système global de dissuasion ― pour prévenir le danger mais être également capables de s’engager en force dans un conflit de haute intensité. Nous en sommes tellement loin que de simples adaptations incrémentales seraient inopérantes : il faut changer d’échelle.

 On peut jurer comme le ministre de la guerre de Napoléon III, Edmond Le Bœuf, à la veille de l’infamante défaite de 1870 : « Nous sommes prêts et archi-prêts. La guerre dût-elle durer deux ans, il ne manquerait pas un bouton de guêtre à nos soldats ». Ou encore affirmer haut et fort à l’instar du Président du Conseil Paul Reynaud en septembre 1939 (au moment où la France, malgré l’inadaptation de son armée à la confrontation imminente, vient de déclarer la guerre à l’Allemagne) : « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts ».

Ces déclarations tonitruantes ne remplacent ni la clairvoyance ni les efforts ; la France, inclinant aisément à la posture de l’autruche en ce qui concerne ses politiques militaires, doit s’en rappeler. Maintenant !

Il y a ensuite ce problème du modèle. Les armées actuelles ont été construites à partir de 1996 sur le postulat qu’il n’y avait ― et qu’il n’y aurait pas ― de menaces internes, et qu’elles n’auraient donc pas à s’engager sur le territoire national. Sauf à la marge. Dans ce cas, la ponction minime ponctuellement pratiquée sur les forces expéditionnaires n’en affecterait ni les capacités opérationnelles, ni l’entraînement. Cette hypothèse initiale ne tient plus.

D’abord parce que la menace terroriste, loin de s’estomper, s’est renforcée et déployée sur l’intégralité du territoire national. Cette situation conduit aujourd’hui les armées à immobiliser soit directement sur le terrain, soit en réserve immédiate ou stratégique, 10 000 hommes environ. Ce prélèvement, bien qu’utile et légitime, diminue d’autant la capacité d’intervention externe mais surtout, en ce temps d’opérations extérieures permanentes, altère profondément la capacité à maintenir l’entraînement au niveau qu’exigent les opérations du moment sans parler de celles, beaucoup plus violentes et massives, qui sont à venir.

Ensuite, on ne peut imaginer un conflit de haute intensité qui se contenterait d’être un affrontement de laboratoire, hors sol, entre deux forces de haute technologie, un moderne « combat des Trente ». Immédiatement, l’ensemble du territoire national serait affecté comme le prouve tous les jours la guerre en cours. Il deviendrait la proie d’attaques ponctuelles dans la profondeur et le terrain de crises humanitaires volontairement déclenchées, voire la cible d’éventuelles agressions d’une « 5e colonne » dont on aurait tort d’affirmer l’impossible émergence. Le gouvernement devrait assurer la défense aérienne et la défense maritime, mais également déployer sur de vastes zones des volumes de forces importants pour assurer l’ordre sur le territoire et la survie des populations, la sauvegarde des organes essentiels à la défense de la nation, le maintien de sa liberté et la continuité de son action.

Où les trouverait-il ? Elles n’existent pas ! Deux solutions s’offriraient alors à lui : soit effectuer des prélèvements importants sur le corps expéditionnaire (d’ailleurs non entraîné à la défense du territoire qui est un métier en lui-même) et, de ce fait, le rendre inapte à sa mission première, la bataille de haute intensité. Ou bien « laisser tomber l’arrière », ce qui se traduirait à court terme par l’effondrement de l’avant. Sortir de ce dilemme, c’est adapter le modèle.

Dans une logique purement comptable, nous avions, pendant la Guerre froide, préféré faire l’impasse sur les forces du territoire en niant une menace avérée, celle des Spetsnaz (Спецназ), ces forces spéciales russes entraînées en nombre que la doctrine soviétique prévoyait de déployer chez l’ennemi dès le début d’un conflit pour y assassiner les responsables – politiques en particulier – et y semer le chaos et la panique[1].

Peut-on reconduire aujourd’hui la même tromperie ? Porter nos maigres forces au niveau qui leur permettrait de conduire efficacement leurs combats de haute intensité, sans se préoccuper du problème de l’arrière ? Autant imaginer qu’un boxeur peut se passer de ses jambes !

Nos forces doivent donc être restructurées autour de trois composantes : (1) nucléaire, (2) expéditionnaire « de haute intensité » avec leurs trois dimensions terre, mer, air (3) défense opérationnelle du territoire. Seul ce système ternaire ― coordonné avec les remarquables capacités complémentaires de la gendarmerie dans le domaine de la défense intérieure ― est adapté à la réalité des menaces, donc à la dissuasion globale, à la résilience et à l’action.

C’est possible, pour un coût minimal. Voici comment.

Mettre sur pied rapidement nos forces de défense dans la profondeur

Quelles forces, quel volume, quel équipement ?

L’effet à obtenir est de pouvoir déployer sur très court préavis des troupes suffisantes, organisées, sur un terrain reconnu afin de quadriller, circonscrire, contrôler, éventuellement réduire ou bien tenir jusqu’à l’arrivée de forces plus puissantes. Il faut donc des forces territoriales, connaissant parfaitement leur terrain (campagne et agglomérations), rustiques et robustes, autonomes, équipées d’un matériel performant mais sans sophistication inutile[2].

Le couple cavalerie légère/infanterie motorisée, accompagné de ses appuis organiques (artillerie, génie, transmission) est adapté à ces missions. Ces forces pourraient être regroupées soit en régiments interarmes, soit en régiments d’armes embrigadés, dotés de matériels performants mais rustiques, véhicules 4X4, mortiers, camionnettes et automitrailleuses en particulier. Il serait dans un premier temps raisonnable de disposer dès que possible du volume d’une demi-brigade à deux régiments et leurs appuis pour chacune des sept zones de défense et de sécurité. Elles seraient placées sous le commandement des Officiers généraux de zone de défense et de sécurité (OGZDS) pour la conduite de la défense d’ensemble, les cinq zones ultramarines faisant l’objet d’adaptations locales : on voit en Ukraine l’efficacité du commandement territorial décentralisé comparé à l’extrême centralisation du commandement russe. La force ainsi constituée pourrait compter, dans un premier temps, une trentaine de milliers d’hommes entraînés professionnellement dans leur métier propre.

D’où proviendraient ces forces ?

La solution la moins onéreuse serait, selon l’habitude française, de faire appel à des réservistes locaux convoqués régulièrement pour entraînement. Mortifère illusion ! Tous ceux qui ont vécu la chimère des régiments dérivés connaissent ce qu’ils coûtaient en temps et en substance aux régiments dérivants ; ils savent que leur valeur opérationnelle était faible voire nulle, qu’ils étaient équipés de matériels souvent vétustes et que leurs tableaux d’effectifs étaient aussi indigents que leur entraînement. Par ailleurs, si haute intensité il y a, elle sera par nature brutale, foudroyante, ce qui est incompatible avec les délais de montée en puissance des régiments de réserve que le faible taux d’encadrement des forces d’active rend par ailleurs difficile. Là encore, l’exemple ukrainien enlève toute illusion sur les délais accordés par l’ennemi lors de crises à cinématique rapide.

Méfions-nous, donc : la France a déjà trop souffert de sa croyance dans les réserves. La débâcle de 1940, c’est justement : nous tiendrons ; en cas de percée allemande, il y aura une deuxième Marne ; nous nous rétablirons ; à l’abri de nos casemates, nous monterons en puissance avec nos réserves pendant un à deux ans avant de refaire du Foch jusqu’à la victoire. Terrible illusion : le 24 mai 1940 à l’aube les chars allemands sont devant Dunkerque, le 14 juin le gouvernement français est à Bordeaux, le 16 juin Philippe Pétain devient président du Conseil. On connaît la suite. Évacuons l’hypothèse. Ces forces de défense opérationnelles du territoire doivent être opérationnelles d’emblée, ce qui ne veut pas dire qu’elles doivent être professionnelles. La France compte en général sur sa chance mais c’est un pari risqué. « Ce n’est pas moi qui ai gagné la bataille de la Marne, c’est von Kluck qui l’a perdue » avouait le Maréchal Foch : il serait criminel de jouer à chaque fois le destin de la France sur la désobéissance d’un général ennemi… La Wehrmacht ne nous a rien offert de semblable en 1940 !

Il est probable aujourd’hui que le rétablissement d’un service militaire volontaire, limité à une vingtaine de milliers de recrues sélectionnées par an, trouverait un écho favorable dans le corps électoral et chez la jeunesse qui viendrait vraisemblablement en nombre sous les drapeaux. L’exemple de la Suède est parlant. Prenant acte de la montée des menaces, la monarchie a non seulement décidé de gonfler ses dépenses de défense de 85 % en 10 ans (2014-2025) mais elle a rétabli le service militaire en 2017. Celui-ci n’a rien d’obligatoire mais fournit sans difficulté le complément de forces dont la Suède a besoin. Le coût est faible : chaque recrue reçoit 500 euros par mois plus une prime de 5 000 euros à la fin du contrat[3].

Sur les volumes évalués supra, cela ferait moins de 300 millions d’euros par an, auxquels il convient d’ajouter le coût de l’encadrement d’active, celui de la vie courante, de l’entraînement et de l’équipement (dont une bonne part peut initialement venir des parcs stockés). Coût global : après un faible investissement initial, probablement autour d’un milliard d’euros par an, investissement modéré comparé au risque mortel de l’impasse sur cette assurance « défense dans la profondeur ». Les préposés aux finances ne rencontreront aucune difficulté à préciser les chiffres évoqués.

* * *

Le modèle proposé n’est pas glamour, il est juste nécessaire. Il ne permet pas de concevoir et construire de superbes programmes d’armement de haute technologie. Il permet en revanche que ceux que nous possédons soient utiles, que nos superbes forces expéditionnaires puissent conduire leur mission sans qu’à la moindre alerte on prélève sur leur chair les besoins nécessaires sur le territoire, qu’elles puissent gagner la « bataille de l’avant » sans que celle de l’arrière soit perdue.

Il ne s’agit pas non plus d’une armée « à deux vitesses ». Bien sûr, le slogan serait vite brandi, de même que l’argument du coût qui détournerait dangereusement, au profit d’un combat sale et rustique, des budgets indispensables pour rester dans la course, de plus en plus onéreuse, aux technologies dernier cri imposées par un grand allié qui ne se déplacera sûrement pas pour nous défendre, si l’on en croit l’exemple ukrainien.

Ce qui compte, ce ne sont pas les éléments, c’est le système. À quoi serviraient une marine remarquable, mais condamnée à trouver sa fin à Toulon et Mers-el-Kébir, une force aérienne de tout premier plan, mais obligée de se réfugier sur des plateformes ultramarines, une armée de terre fantastique, mais sans arrière pour s’y régénérer ?

Notre superbe armée, capable chaque jour du meilleur, doit changer d’échelle : c’est le premier pas, avec un budget de défense de l’ordre de celui de la guerre froide, soit 3 % du PIB. Le second est d’anticiper pour gagner du temps dans la crise, de « reverdir » le désert militaire français, donc d’adopter un nouveau modèle adapté à la réalité de la menace et d’assurer, par des forces d’active conséquentes et robustes la défense dans la profondeur : sortons la tête du sable avant que la vague ne déferle !

NOTES :

  1. S’agissant de la Russie, notons au passage que ces forces d’élite existent toujours et qu’elles ont récemment fait merveille tant en Géorgie, en Crimée, en Ukraine qu’au Moyen-Orient.
  2. Rechercher pour ces forces la même sophistication technologique que celle des forces expéditionnaires équivaudrait à tuer le projet dans l’œuf.
  3. Données Le Monde, 16 décembre 2020.
Vingt-six ans après la fin de la conscription en France, l’armée française face à de nouveaux défis

Arnaud Florac 27 mai 2022

C’était un 28 mai, le 28 mai 1996 pour être précis. Jacques Chirac annonçait ce jour-là que la conscription, c’est-à-dire le service militaire obligatoire, allait être suspendue – pas supprimée, précision qui a son importance. Les raisons qui avaient présidé à cette annonce étaient nombreuses et de divers ordres. Tout d’abord, la fin, en 1992, de l’URSS avait, dans l’esprit du temps, laissé croire à une paix perpétuelle que ne rompraient, çà et là, que des expéditions en Afrique, menées par des troupes d’infanterie légère. Il n’y avait, pour les analystes politiques de l’époque, aucune raison de croire à la résurgence d’une menace d’affrontement majeur. Rétrospectivement, il est difficile de leur en vouloir. Ensuite, l’idée de Chirac était de professionnaliser nos forces armées, c’est-à-dire d’en finir avec le modèle à deux vitesses qui mettait dos à dos des troupes d’élites presque entièrement professionnalisées (troupes de marine, parachutistes, Légion étrangère), destinées à la guerre proprement dite, et des troupes d’amateurs, porteuses de numéros de série peu prestigieux et affectées dans des garnisons peu enviables. Les armées occidentales peuvent être divisées, depuis bien longtemps, en 20 % de fanatiques faits pour le combat et 80 % de cas sociaux rééduqués par l’institution militaire. Le projet était, cette fois, de faire de l’armée un véritable métier. La troisième raison, sous-jacente, était sans doute un peu moins avouable. L’immigration commençait, en ce mitan des années 90, à poser problème. On était déjà loin des enthousiasmes puérils de l’antiracisme à la Mitterrand, avec ses mains jaunes, ses concerts festifs et sa propagande pour simplets. Les attentats islamistes du GIA, en 1995, avaient ensanglanté Paris. La proportion de jeunes gens qui, bien que détestant la France, étaient susceptibles d’en porter les armes par obligation légale posait problème.

Zoom avant jusqu’en 2022 : à quoi servait de supprimer la conscription ? Face au conflit ukrainien, en cohérence avec la vision stratégique (assez prophétique, d’ailleurs) de l’actuel chef d’état-major des armées, la France redécouvre la menace d’un engagement majeur, c’est-à-dire d’une vraie guerre. Les expéditions légères en Afrique ont vécu : le Mali a unilatéralement chassé, sans excès d’élégance, le contingent français qui lui a pourtant sacrifié des dizaines de ses soldats, et il y a peu de chances qu’un continent désormais dominé par la Chine et la Russie rappelle un jour d’anciens colons qu’il a appris à haïr. Les opérations de maintien de la paix pour le compte de l’ONU (au Liban, notamment) entretiennent une présence symbolique, pas davantage. La prochaine guerre, contre un ennemi de rang équivalent voire égal, sera peut-être totale : ce sera un terrible Moloch qui engloutira dans ses fournaises des centaines de vies de soldats. Nous ne sommes probablement pas prêts à l’entendre, mais c’est ainsi. La Russie, par exemple, aurait perdu approximativement 25.000 hommes en Ukraine, selon les estimations les plus prudentes.

La professionnalisation, elle, n’a pas fait disparaître le clivage fondamental, au sol, entre « troupes combattantes » et « arrière » : malgré le sacrifice de nombreux soldats des armes dites de soutien, les troupes de mêlée continuent de fournir la totalité des grands chefs de l’armée de terre et les unités d’appui (artillerie, génie) ou de soutien (train, matériel) continuent de servir dans l’ombre, sans moyens ni gratitude. Par ailleurs, malgré la disparition provisoire des lignes de front, le décalage des recrutements entre élite et masse ne s’est pas réduit : selon les chiffres de la presse (L’Opinion, 19/5/2015), le taux de sélection est en moyenne de trois candidats pour une place, toutes catégories confondues. Il descend jusqu’à 1,6 pour certaines spécialités, mais remonte jusqu’à 9 pour 1 dans la Légion étrangère. Le pourcentage de 20 % de guerriers pour 80 % de cas sociaux rééduqués semble toujours pertinent et explique peut-être la fascination des parlementaires pour un « tout Forces spéciales » au Sahel, comme l’avait montré un rapport de 2014 (désormais largement révisé par un nouveau rapport de 2022) : en confiant toutes les missions à des soldats d’élite, on les épuise et on leur fait faire n’importe quoi, mais on achète une sérénité provisoire.

Enfin, les enjeux liés à l’immigration ne se sont pas, loin s’en faut, évanouis : bien que le Grand Remplacement soit officiellement une théorie d’extrême droite, les exigences religieuses (alimentaires, d’adaptations liées au ramadan, etc.) ont donné lieu à la création de rations halal, produites en nombre. Il faudrait demander aux militaires si le ramadan donne lieu à des demandes d’horaires adaptés. Enfin, les cas de militaires refusant de se battre en Afghanistan ou partant rejoindre la Syrie après leur contrat, bien qu’il s’agisse de cas isolés, posent la question de la pertinence d’une mobilisation de masse. À quoi sert, en effet, d’apprendre le maniement des armes françaises à des gens qui haïssent le pays dont ils détiennent les papiers d’identité ?

En somme, vingt-six ans après la suspension de la conscription, aucun problème n’est réglé. On en a même ajouté quelques-uns : celui des effectifs ; celui de l’acceptation de la mort au combat par l’opinion publique ; celui de la compréhension du conflit par la nation et même celui de la participation active de l’opinion publique à la guerre, qui se joue dans tous les domaines, y compris au quotidien. Nous vivons une époque intéressante.

L’état de nos armées.

Ce texte est sans concession, mais il ne sombre pas dans les prises de position partisanes de certains autres officiers généraux ayant découvert la révolte en même temps que la retraite !

Avec vingt ans de retard, les autorités françaises se rendent compte qu’elles ont sacrifié la défense de la patrie sur l’autel du management. Les chefs militaires avaient beau parler, on ne les écoutait pas. Est-il trop tard ?

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Il y a quelques mois l’OTAN était présentée comme « en voie de mort cérébrale ». La Russie vient de contribuer à son réveil ainsi qu’à son élargissement futur. Le GCA (2S) Olivier Rittimann nous propose un point de situation sur cette organisation et sur ses capacités à mener et par voie de conséquence à se prévenir d’une guerre.

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De quelle guerre s’agit-il ? On n’évoque pas ici les opérations extérieures du type Afghanistan ou Mali qui ont leur importance mais ne sont pas dimensionnantes dans le scénario qui nous intéresse. Ce scénario c’est la résurgence d’un conflit en Europe face à un adversaire possédant des capacités supérieures aux nôtres. Ceci implique forcément que nous ne pouvons pas le traiter au niveau national et qu’il faut donc s’inscrire dans le cadre de l’Alliance atlantique, qui demeure le seul cadre crédible d’une défense de l’Europe, l’Union Européenne sans les Américains n’étant pas en mesure de faire face à un tel scénario. Or, la situation actuelle en Ukraine montre clairement qu’un scénario de ce type n’appartient plus seulement au domaine de la fiction et de la prospective stratégique, mais fait partie de notre réalité européenne. L’Ukraine n’est certes pas un Allié et ne bénéficie donc pas de l’Article V. Mais on pourrait très bien imaginer que la Russie rode son mode d’action sur ce partenaire avant de le rejouer dans les Pays baltes, nous entraînant de facto dans une guerre totale. Donc, en fait, la question est de savoir comment gagner la guerre contre la Russie sans avoir à la faire. Il s’agit de déterminer comment empêcher une escalade en Europe tout en ne laissant pas le champ libre à Moscou dont l’objectif ― clairement exprimé par Poutine ― est de revenir au statu quo ante de la fin des années 1990, avant l’élargissement de l’OTAN.

L’arme des sanctions économiques est employée depuis 2014 après l’annexion de la Crimée et les premières opérations dans le Donbass, mais force est de constater qu’elle n’a en rien entamé la détermination de Moscou de parvenir à son objectif, et elle n’a pas non plus empêché la Russie de moderniser son arsenal militaire qui comprend à présent des moyens dont certains sont supérieurs à ceux des États-Unis d’Amérique. Ce n’est donc pas en imposant davantage de sanctions qu’on arrivera à dissuader la Russie, d’autant moins qu’elle dispose d’un levier efficace avec la fourniture d’énergie à de nombreux pays européens qui ne souhaitent pas voir se refermer le robinet. Un renforcement des sanctions tel qu’annoncé par les États-Unis d’Amérique, à savoir l’exclusion de la Russie du système monétaire mondial, l’interdiction d’exportation de composants électroniques vers la Russie et d’importation de gaz et de pétrole depuis la Russie, pourrait avoir un effet à long terme, mais pourrait aussi pousser Moscou vers l’escalade.

C’est bien pour empêcher une telle escalade qu’il faut disposer d’une capacité de dissuasion militaire (pas seulement nucléaire) et en cas d’échec de cette dissuasion d’une capacité défensive et offensive crédible car démontrée au travers d’exercices et de prises d’alerte, mais aussi par l’emploi de ces capacités dans des engagements extérieurs de moindre dimension. C’est ce que l’OTAN nomme Deterrence and Defence dans la stratégie militaire de l’Alliance, dans le concept de SACEUR et dans son plan stratégique de défense de sa zone d’action (SACEUR Area of responsibility Strategic Plan [SASP]).

Il faut donc avoir des moyens en qualité et en quantité qui envoient le signal qu’une action offensive russe serait vouée à l’échec. Quand on fait le bilan de ce que possède l’OTAN, c’est effectivement le cas, mais tout n’est pas disponible immédiatement. Certains pays par exemple doivent toujours procéder à une mobilisation générale pour armer leurs unités, d’autres se sont spécialisées dans des niches capacitaires, et seuls certains, dont le nôtre, ont une culture d’alerte et de projection. Autrement dit, l’OTAN prévaudrait dans un conflit long, mais pour le moment ne dispose pas des capacités suffisantes pour empêcher un conflit court, avec prise de gage territorial et imposition d’une zone de déni d’accès par moyens conventionnels (la fameuse bulle Anti Access Area Denial [A2AD]), le tout renforcé par des moyens nucléaires, ce qui constitue précisément l’idée maîtresse de la doctrine russe.

C’est pourquoi le chantier le plus important pour l’OTAN consiste bien à augmenter la réactivité de ses troupes, leur disponibilité immédiate et leur capacité de projection. Une grande partie de la solution actuelle réside dans les moyens aériens et les tirs dans la profondeur, mais rien ne saurait remplacer la présence de troupes au sol. Les paramètres ont bien évidemment changé depuis l’époque de la Guerre froide où l’OTAN alignait de nombreux corps d’armée au coude à coude sur le rideau de fer. Les marches orientales de l’OTAN sont bien plus étendues et pour certaines — les Pays baltes-plus difficiles à défendre que ne l’était la frontière entre les deux Allemagnes. Avec les dividendes de la paix, le format de toutes les armées a été réduit et l’OTAN n’est plus en mesure d’aligner le même nombre de grandes unités. De surcroit, un quart de siècle d’opérations expéditionnaires a émoussé le savoir-faire lié au combat de haute intensité. Avec l’annexion de la Crimée par la Russie, en 2014, l’OTAN a pris conscience de ces réalités : elle n’était pas prête.

S’ensuivit une réflexion stratégique sans précédent depuis les années 60, avec une remise à plat des concepts et des plans d’opération, mais aussi des déploiements et des signaux à envoyer à Moscou. C’est dans le cadre de cette refonte qu’ont été imaginé Air Policing dans le ciel des Pays Baltes, et eFP dans le même secteur, en y ajoutant la Pologne. Le déploiement de 4 bataillons multinationaux peut sembler modeste, mais d’une part il répondait au souhait de l’OTAN de ne pas donner prise à la propagande russe d’un déploiement massif sur ses frontières, et d’autre part il demeurait dans le cadre du faisable en n’exigeant pas trop des Alliés à un moment où leurs forces n’étaient pas prêtes ou encore consommées par d’autres engagements. La France participe à eFP au niveau d’un sous groupement tactique interarmes, en alternant entre le bataillon mené par le Royaume-Uni (en Estonie) et celui mené par l’Allemagne (en Lituanie).

Ce dispositif n’a évidemment pas l’ambition de contenir une incursion russe, compte-tenu du rapport de force de 1 à 10 voire davantage. Mais son mérite est d’impliquer plusieurs grands Alliés qui n’appartiennent pas à cette région et qui seraient ainsi de facto attaqués en même temps que leur nation-hôte. C’est un signal politique destiné d’une part à démontrer la solidarité alliée à Moscou, mais aussi à rassurer les Polonais et les Baltes. Pour les unités déployées, donc notre compagnie, c’est aussi une opportunité incomparable de s’entraîner en multinational sur une longue période, en disposant des munitions, des appuis, des zones de manœuvre réelles, à proximité de l’ennemi éventuel.

En complément de ce dispositif initial, l’OTAN a poursuivi sa réflexion sur la réactivité et la disponibilité opérationnelle des forces destinées à venir renforcer ce secteur en cas de menace. Les Américains ont initié le processus avec leur proposition des 4 x 30 : 30 escadrons aériens, 30 navires et 30 bataillons prêts en 30 jours. Au-delà du slogan, la mesure vise à améliorer le taux de remplissage de la force de réaction de l’OTAN (NATO Response Force [NRF]) et à s’assurer que les plans d’opérations disposeront effectivement des troupes dont ils ont besoin. Dans ce cadre, on a mis sur pied la Force de très haute réactivité (Very High Readiness Joint Task Force [VJTF]) du volume d’une brigade pour sa composante terrestre et la France prendra bientôt le tour d’alerte, tout comme elle le fait déjà dans le cycle NRF de l’état-major du Corps de réaction rapide. Mais cette prise d’alerte suppose aussi un exercice de déploiement des troupes qui constituent la VJTF, donc un investissement bien plus significatif que le déploiement du PC de corps, dont on sait déjà quel coût il représente.

La difficulté principale dans le cas de ces renforcements consistait à déterminer à quel secteur ils étaient destinés. La NRF n’a pas de zone d’action privilégiée : elle était initialement surtout destinée aux opérations hors zone OTAN, et ce sont les évolutions récentes qui l’ont recentrée sur la défense collective. Mais jusqu’à la définition du plan stratégique de SACEUR, le SASP, chaque commandement de niveau opératif (Brunssum ou Naples) avait sa propre famille de plans régionaux, qui tous faisaient appel aux mêmes forces. Ce qui signifiait qu’un déclenchement des hostilités à la fois en Baltique, en Norvège et en Mer Noire ne pouvait être paré immédiatement. Aujourd’hui la zone de responsabilité (Area of Responsibility [AOR]) de SACEUR est envisagée comme un tout et c’est bien au niveau stratégique qu’on réfléchit à la façon d’armer les plans régionaux.

Cette réflexion passe par le constat que les forces, en particulier terrestres, doivent connaître leur secteur d’engagement. C’est évidemment le cas pour les forces locales, les unités baltes, polonaises, roumaines etc., qui constituent le premier rideau défensif et doivent permettre le déploiement des forces de réaction, fournies par les Alliés plus éloignés, au premier chef desquels les États-Unis d’Amérique, mais aussi les Européens de l’Ouest dont la France. Ce sont en effet ces nations qui possèdent des forces disponibles et réactives et qui fourniraient l’élément constitutif des renforcements. Mais il est illusoire de penser que la même unité d’alerte pourrait intervenir aussi bien en Turquie, qu’en Norvège ou en Roumanie, ne serait-ce que pour des questions d’équipement spécifique. D’où l’idée d’assigner des zones d’intervention par nation, en faisant en sorte que les exercices d’alerte correspondent à ce secteur potentiel d’engagement, une sorte de reconnaissance préalable et entretenue sur le long terme. Cette idée se propage depuis trois ou quatre ans, en parallèle avec la nécessaire refonte de la NRF et du cycle d’alerte et la mise sur pied de quartiers généraux régionalisés qui seraient chargés de réceptionner et d’employer ces unités de renfort.

Évidemment ce mouvement de constitution de nouveaux corps « régionaux » (mais aussi de divisions), pose la question de la mission des corps NRF, projetables et modulables. Les Multi National Corps « régionaux » (MNC-NE à Szczecin, en Pologne, MNC-SE à Sibiu, en Roumanie) ont une mission régionale et ne sont donc pas projetables et à ce titre n’entrent pas dans le tour d’alerte de la NRF que prennent Lille ou l’ARRC par exemple. En cas de déploiement de la NRF, il faudra donc définir qui commande ces troupes : est-ce le corps d’alerte NRF, et dans ce cas à quoi sert le commandement régional ? Est-ce la mise sur pied et l’entrainement commun lors de la prise d’alerte qui prévaudra, ou est-ce la connaissance intime du milieu ? L’OTAN n’a pas encore répondu à cette question et a lancé une autre réflexion pour étudier comment convertir certains de ces corps de réaction en commandement de composante terrestre multi-corps, à l’instar de ce qu’était le PC de la 1ère Armée. Certains garderont une vocation ʺjointʺ, puisque l’OTAN n’abandonnera vraisemblablement pas ses missions expéditionnaires, malgré le fiasco afghan. Mais il n’en demeure pas moins que neuf corps, c’est beaucoup.

Quid de la France ?

L’engagement de la France dans les Pays baltes, pour important et intéressant qu’il soit, ne lui donne cependant pas la forte visibilité politique qu’elle pourrait en retirer. En effet, le volume engagé d’une compagnie, quasiment doublée d’un élément de soutien national, même s’il exige un gros investissement en ressources, ne positionne pas notre drapeau sur les briefings, et on ne retient que les bataillons britannique, allemand, canadien et américain. Revenir en arrière est impossible, car les nations installées ne souhaiteront pas laisser leur place, elles en retirent un bénéfice politique trop important. L’idée avancée par le Président de déployer un bataillon en Roumanie, au contraire, nous redonne de la visibilité, en particulier auprès d’un allié qui nous apprécie et que nous avons quelque peu négligé. Ce bataillon s’inscrirait dans un cadre un peu similaire à eFP, qu’on nomme tFP, pour tailored Forward Presence, cadre un peu moins contraignant puisqu’il sous-entend un service « à la carte ». Pour l’instant, il serait le seul bataillon « permanent » et cette présence française renforcerait donc de manière plus pérenne les rotations américaines ponctuelles et nous inscrirait de facto dans le plan de défense de la région de la mer Noire. Certes, nous n’opérerions plus sous commandement britannique ou allemand, mais d’une part nous deviendrions nation-cadre, donc visibles, et d’autre part notre présence en Roumanie, outre l’entrainement commun avec les forces roumaines nous donnerait aussi de nombreuses opportunités d’entrainement avec les forces américaines. Et évidemment le message adressé à la Russie est celui de la solidarité alliée dans un secteur jusqu’ici moins prioritaire. La Roumanie, aux portes de l’Ukraine et de la Moldavie nous donnerait une position d’observation intéressante.

Il y a aussi une logique d’état-major, puisque la Roumanie est dans l’AOR du commandement de Naples, où nous occupons de manière permanente de poste de sous-chef opérations, officier général en charge du plan de défense régional mer Noire. Pour renforcer le réseau, il conviendrait de mettre en place des officiers français au sein de l’état-major du corps multinational sud-est (MNC-SE), dont la nation-cadre est la Roumanie, et qui souhaite une plus forte implication française depuis des années. Un abonnement national à la Roumanie pourrait également permettre de rationaliser les exercices d’alerte et de déploiement lorsque nous prenons la VJTF et d’organiser ainsi une projection et un exercice de niveau brigade intégrée au MNC-SE.

Le devenir du CRR-FR doit lui-aussi faire l’objet d’une étude. Voulons-nous le retirer purement et simplement de l’alerte NRF et le priver ainsi d’un cadre d’entrainement et d’exercice reconnu ? Voulons-nous le spécialiser dans le ʺjointʺ, en faire un PCIAT projetable en vue d’une potentielle -et hypothétique- opération de gestion de crise de l’OTAN ? Voulons-nous en faire un PC multi-corps qui prendrait sous son commandement à la fois des corps régionaux et des corps projetés ? Un choix sera nécessaire, à plus ou moins long terme, car la logique de spécialisation va entrainer la fin des cycles où l’on changeait systématiquement de portage, entre le Land Component Command (LCC), le Warfighting Corps et le Joint HQ.

Condition militaire – Un modèle RH adapté

Texte : CNE Anne-Claire PÉRÉDO

Publié le : 18/05/2022 – Mis à jour le : 21/09/2022.

L’armée de Terre fait face à des défis opérationnels et des espaces de conflictualité nouveaux. Dans ce contexte sécuritaire, sa stratégie et sa politique en matière de ressources humaines doivent lui permettre de disposer des combattants dont elle a besoin pour garantir la supériorité des forces. Cela lui pose de véritables défis en termes de recrutement, de formation, de gestion des compétences, de fidélisation, de condition du personnel. Pour y répondre, la Direction des ressources humaines de l’armée de Terre conduit d’importants chantiers de transformation. Des changements sont nécessaires à l’adaptation de son modèle RH : élaboration d’un dispositif de recrutement innovant pour cibler différemment les candidats, redéfinition des parcours de carrière notamment celui des sous-officiers, renforcement de la formation à l’image du nouveau programme dispensé à l’Académie militaire de Saint-Cyr ou Coëtquidan. Enfin, ces travaux visent à poursuivre l’amélioration des conditions d’exercice du métier des armes. Cette manœuvre d’ampleur assure les unités de bénéficier ʺdu bon soldat, au bon endroit, au bon momentʺ.

Un recrutement optimisé – Le nouveau parcours professionnel des sous-officiers – Une formation rénovée – La condition du personnel, une priorité

Un recrutement optimisé

Pour mieux attirer les jeunes tout en améliorant leur sélection, l’armée de Terre s’appuie sur des spots publicitaires immersifs et la transformation digitale. L’enjeu : convaincre plus facilement et cibler davantage les candidats. Elle s’appuie également sur un accompagnement personnalisé des potentielles recrues par ses conseillers en recrutement.

Le nouveau parcours professionnel des sous-officiers

Le parcours professionnel des sous-officiers évolue. Mise en place entre 2021 et 2025, cette réforme permettra à l’armée de Terre de disposer de sous-officiers formés et qualifiés à même de répondre aux défis d’un engagement majeur. Le point d’orgue réside dans la refonte complète des brevets existants afin de redonner de la cohérence entre le grade, la rémunération, l’emploi et la formation des sous-officiers.

Une formation rénovée

Dans des conditions de combat plus dures, les futurs chefs devront agir et décider avec discernement dans l’intérêt de la mission, si besoin en engageant leur propre vie et celle de leurs soldats. Leur formation doit leur donner les clefs pour assumer cette responsabilité hors du commun. Pour cela, le cursus d’enseignement dispensé par l’Académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidan a été rénové. Point saillant : une meilleure prise en compte des sciences humaines.

La condition du personnel, une priorité

Le métier de militaire n’est pas une profession comme les autres. Il impose au soldat et à son entourage, de nombreuses contraintes. Absences, mobilité… Pour lui permettre de se consacrer sereinement à ses missions, l’amélioration de la condition du personnel est une des priorités du chef d’état-major de l’armée de Terre.

(lire en particulier le paragraphe « Identifier les besoins » décrivant la création des maisons Athos)

Les anciens combattants

Texte : Clémentine HOTTEKIET-BEAUCOURT, CNE Eugénie LALLEMENT

Publié le : 16/11/2022 – Mis à jour le : 18/11/2022.

Transmettre la mémoire des anciens combattants c’est préserver l’histoire de ces hommes et de ces femmes qui se sont engagés au péril de leur vie. Mais qui sont-ils ? Des Poilus jusqu’aux combattants de la quatrième génération du feu parfois encore en service, les soldats de l’armée de Terre ont tous vécu des expériences extraordinaires, parfois dramatiques et douloureuses. D’hier à aujourd’hui, la conviction de celles et ceux œuvrant à la défense de la France reste la même. Dans les manuels scolaires, dans la tête des chefs, dans celle des camarades, on n’oublie pas. La nation a une dette envers les militaires : un devoir de reconnaissance des sacrifices physiques et psychologiques, un devoir d’accompagnement des soldats, de leurs familles et des victimes de guerre, ainsi qu’un devoir de réparation des dommages subis. Des aides sont mises en place pour les accompagner, y compris après leur départ de l’institution. Éclairage.

Nota : tous les article ci-dessus peuvent être retrouvés dans le TIM ci-dessous – lien Dossiers

TIM – Information magazine

https://www.timagazine.defense.gouv.fr

Défense infos novembre 2022

pour découvrir quelques infos mili.

Défense infos lire

pour découvrir quelques infos mili étrangères.

Bulletin de liaison de l’ETAP novembre – décembre…

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Cliquez sur l’image pour lire …

Lettre d’information ASAF de janvier 2023

« L’identité nationale »

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Chers amis,

Veuillez trouver ci-joint notre bulletin n°134. Vous y trouverez la fiche d’inscription et le lien d’inscription de l’École Militaire pour notre réunion du 14 octobre 2022.

La procédure d’inscription de l’École Militaire nous impose de vous demander de vous inscrire auprès du Club, mais aussi directement sur le lien qui vous est communiqué.

En cas de problème, vous pouvez nous contacter par courriel ou par téléphone au 06 11 25 82 13, à compter du 19 septembre. Nous procéderons à votre inscription avec l’adresse électronique du club et vous remettrons votre laissez-passer à l’accueil le jour même.

Respectueusement et amicalement

Selon Thucydide, on fait la guerre pour trois raisons : « la peur, l’honneur, l’intérêt ». 

Pendant mon année d’étude au National War Collège à Washington, le thème unique en était « La stratégie » sous toutes ses formes et nous avions logiquement un gros module d’étude sur la guerre. Au sein de cette activité, la lecture de Thucydide « La guerre du Péloponnèse » occupait une place de choix.

Hier alors que je recherchais les trois motifs pour lesquels on fait la guerre et il a fallu que je « repasse mon cerveau en anglais » pour retrouver la mémoire.

Selon Thucydide, on fait la guerre pour trois raisons : « Fear, Honor and Interest ».

2400 après la guerre du Péloponnèse, le général Thucydide a-t-il rempli sa mission ? S’il ne nous donne pas de conseils stratégiques à proprement parler, l’auteur de La Guerre du Péloponnèse a parfaitement identifié les dilemmes auxquels sont confrontées les nations en guerre. Sa relecture en 2022 offre une grille de lecture aux événements contemporains.

Pas grand-chose de changé depuis 2400 ans.

Gbr Aragones Jacques

Ci-joint un mémento du cérémonial, du protocole, de la préséance et des usages élaboré par le DMD de l’Eure qui se veut un guide pratique pour l’organisation des cérémonies et l’application du protocole.

Toutes les associations doivent en avoir pris connaissance avant d’organiser une cérémonie patriotique  et notamment avant d’organiser une remise de décorations.

   HISTORIQUE DE LA BRIGADE DE PARACHUTISTES D’OUTRE-MER

Il décrit de façon chronologique l’histoire des unités des Troupes de Marine de la BP. Ce document se décompose en trois périodes :

1) Les « Grands Ancêtres », d’où elle est issue.

2) La 1ére Demi B.C.C.P. et les formations qu’elle a mis sur pieds.

3) La Brigade et les formations qu’elle a engendrées.

Pour chaque formation (Bataillon, Groupe de Commando, régiment), il a été établi :

a) Une fiche « d’état-civil », dont tous les renseignements ont été puisés dans des pièces officielles.

b) Un résumé des activités établi d’après les journaux de marche et C.R. d’opération.

c) Une copie de chacune des citations collectives.

Contactez-nous.

Avenue du lieutenant Jacques Desplats

81108 Castres Cedex